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Affaire Fillon, le débat prend de la profondeur

François Fillon
Mais qu'ouïs-je ? Qu'entend-je ? Des soupirs consternés à l'idée de subir un énième article concernant cet ignoble traitre de l'élite catholique ? Oui mais non. Il est ici question, non pas d'un article sur ce paria de François Fillon, mais plutôt sur les - nombreux - articles qui déferlent à ce sujet.

Et il faut avouer que si un pilori pouvait être virtuel, on y verrait parfaitement un François Fillon, ligoté à la manière de l'héroïne de Fifty Shades Darker. Depuis quelques semaines, Il n'est en effet plus possible de survivre une journée sans qu'un "journaliste", à l'allocution impeccable et aux mots "prudents", ne vous fasse un rapport sur les derniers faits et gestes du second François le plus détesté du pays.
 
Car le droit à l'information est important ! À tel point qu'il semble justifier ce gavage intensif d'images de sexagénaire aux sourcils broussailleux et de son épouse. L'événement semble s'y incroyable qu'il occulte complètement les autres informations. Ainsi, c'est à peine si on évoquait le décès de Jean-Luc Mélenchon et son meeting posthume à Lyon aux côtés de Léon Trosky et Michael Jackson. Un spectacle pour les camarades de tout âge.  
On répondra qu'il vaut mieux trop d'information que pas assez mais est-ce bien vrai ? Il semble effectivement que l'ensemble de la presse française, inquiétée par ce mot bien vulgaire "d'emploi fictif", ait décidé que, contrairement à Pénélope, eux ils travaillent ! Une manière de lui rire au nez à elle et à ses deux pauvres articles pour la revue Des Deux mondes. Seul problème, l'apport quantitatif d'articles à ce sujet se fait au détriment de leur qualité, voire de leurs légalité même. 
 
En effet, si vous vous plongez dans la littérature fournie de ces articles, vous y découvrirez un monde où la présomption d'innocence est aussi malmenée que le chat de Schrödinger. Enfermée dans une boîte, elle est là et à la fois ailleurs, vivante et morte simultanément. Bienvenu dans un monde où le mot "présumé" suffira à justifier de toutes les tournures de phrase. On se souvient du célèbre : "François Fillon, ce sale voleur présumé" ou la déjà culte "présumée fin de carrière de ce probable escroc". L'arbitre valide. Il n'y a pas hors-jeu. Heureusement, et pour rendre à Brutus ce qu'il lui appartient, la défense du candidat à l'élection se montre à la hauteur. Son avocat, Antonin Lévy, a purement et simplement demandé au parquet national financier de se dessaisir. Une manière élégante de dire : "circulez Il n'y rien à voir". Et aussi, une façon tacite d'accepter la défaite à la mi-temps mais sans s'attirer les foudres du public qui a pourtant payé pour voir ça. 

Et il ne s'agit pas du seul fait divers responsable de la maltraitance actuelle de la présomption d'innocence. Une maltraitance pouvant mesurer jusqu'à 10 centimètres et bien pratique dés lors qu'il s'agit de fissurer la société. Oui, entre l'affaire Fillon et l'agression de Théo, l'actualité semble avoir un objectif récurent : toucher le fond. Et si le rapport de l'IGPN semble privilégier la thèse de la blessure involontaire, on se demande son utilité. À l'image de l'affaire Fillon, pas un habitant du pays ne s'est pas déjà fait un avis sur ces actualités qui sont autant de divisions dramatiques entre voisins et proches. Alors doit-on conclure que les médias sont les méchants de cette histoire ? N'est-ce pas plutôt aux personnes sous les projecteurs d'assumer leur manque de responsabilité ? Ou alors n'est-ce pas à nous, consommateurs d'information, de cesser d'exulter quand on nous parle de Fillon et de viol ? Parce que bien juger, n'est-ce pas juger lentement ?
 

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 Auteur de l'article : 
Jean-Michel Polémique