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Billet d'humeur : Le Courage

Depuis aussi longtemps que le monde est monde, il actionne de grandes forces qu'il métonymise. On peut encore débattre de ces puissances continues ; mais une force exaltée, en société, est le courage. Dieu sait qu'on en a fait une vertu morale d'autant plus forte, que sa raréfaction n'en a été que plus évidente ! De telle sorte qu'on en a oublié ce qu'était le courage ; ou plutôt ce qui le conditionne, parce que, en dernière instance, si les définitions du courage abondent, celles-ci sont données le plus souvent de manière ad hoc et dans le but de répondre à un intérêt ou un besoin (ex : une démonstration logique, un livre politique). De cette palette colorée qu'on nous propose, il est possible de retirer un cadre général : le courage, c'est le fait de faire ou de dire ce qu'un autre n'aurait pas fait. C'est possible. Mais on n'est pas plus avancé, parce que qu'est ce qui pousse un tel à faire ou dire autre chose que tel autre ? Et à quelle aune reconnaitre le courage et lui donner cette qualité ? Celle de la bonté, de la générosité, de l'aide au prochain ?

Mais on admettra qu'un être malsain peut faire montre de courage. Quand la maladie nous courbe, les autres emploient le terme de courage à tort et à travers. Mais ce n'est pas du courage ; c'est de la détermination. Ou de l'abnégation. On peut poursuivre la voie de sa guérison de manière admirable, persistante, parce qu'on tremble comme une feuille à l'idée de la Mort. Ce n'est pas le courage qui motive, en l'espèce : c'est la crainte, celle du vide, celle du néant d'avant la naissance, et c'est pour la repousser qu'on accepte de prendre le poison de la chimiothérapie, la déformation de la chirurgie ainsi que la bombe à retardement qu'est la radiothérapie. Parce que tous, hommes comme femmes, sont sous l'empire de ce que le philosophe Nietzsche (1844-1900) appelait la volonté de puissance. Dans sa pensée, la volonté de puissance n'est pas un axiome nazi. C'est la volonté de perdurer dans son être, et du reste, on sait que Nietzsche s'est beaucoup inspiré de la notion de « vouloir-vivre » de son maître Schopenhauer (1788-1860).

Un malade, quelque soit son degré de souffrance, n'est pas courageux au sens strict du mot ; particulièrement dans le cas d'une maladie dégénérative, sans doute le pire fléau de la santé humaine, on peut être assuré que, conscient des potentialités de sa maladie, le malade lutte avec angoisse ; ou en tout cas du fait d'une obligation. Soit il se soigne, auquel cas il succombe aux instruments de la médecine moderne, soit il meurt. C'est triste, mais la réalité est là. On passe sur le billard ou on s'éteint. Ce n'est pas une question de courage, en l'occurence, c'est une question d'obligation. Personne n'accepte de s'éteindre sitôt en apprenant qu'il a une maladie mortelle ; en tout cas pas tout de suite. D'abord on enfile les gants de boxe et on se bat. C'est une erreur de dire à propos de tel malade qu'il est courageux. Si son abnégation est ferme, et de ce point de vue il est admirable, ce n'est pas l'abnégation du courage, mais l'abnégation de la nécessité. A ne pas confondre. Reconnaître le courage, n'est un acte valide qu'en cas de choix. Or lorsque les alternatives d'un malade sont ou la guérison ou la mort... où est le choix ? Ce qui donne corps au courage, ce qui lui donne à la fois sa réalité et son lustre, c'est la possibilité du choix.

Le choix est la mise à l'épreuve de la responsabilité de l'homme. Un homme est responsable de ses actes et de ses dires. Sans choix pas de responsabilité, parce que la responsabilité n'a de sens qu'exercée. C'est pourquoi le courage ne peut être reconnu en tant que tel qu'en présence d'une possibilité d'alternative, de sélection et de dilemme. Et comme le courage est (tout de même !) plus admirable que la lâcheté au plan de notre morale, il faut également dire que le courage ne concerne que la sélection d'une option plus difficile à conduire qu'une autre, alors que l'autre était plus aisée, plus facile à prendre. Un individu s'engageant sur un chemin plus long, plus malaisé à parcourir au lieu d'un autre plus court ou plus simple, fait preuve de courage, et permet à celui-ci de se traduire en fait. Cependant si un malade, en bout de course, ne fait pas preuve de courage en choisissant la médecine au lieu de la mort, il en montre en sélectionnant une méthode de santé alternative, naturelle, au lieu du divin « Progrès » techno-scientifique. De même celui qui témoin d'une iniquité, ou d'une illégalité, ou d'un vice de la morale, parle et montre du doigt en public au lieu de se taire, ce qui est le cas échéant le chemin le plus facile et le plus court à prendre.

Etant profondément rattaché à la possibilité du choix (qui conditionne la responsabilité de l'homme), le courage est aussi (quand on l'exerce) la preuve que, si tous les chemins ne conviennent pas à tous les hommes, certains d'entre les hommes défient la pente escarpée alors que beaucoup la descendent. De ce point de vue, le courage est aussi un double acte de Foi. Foi à l'égard de l'Homme, pour lequel certains continuent de se battre en sauvant sa dignité, et Foi en Dieu à l'égard duquel nous démontrons qu'en témoignant de la respectabilité de Sa créature, Lui reste grand et infaillible dans Sa demeure. 


Axel GANDOULY


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