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Circuits courts et de proximité, objets d’innovation sociale ?

Circuits courts
Aujourd’hui les circuits courts (short supply chains), objets de débats et en pleine croissance, prennent de plus en plus d’ampleur non seulement en France mais aussi en Europe. Pour la plupart ils semblent être l’objet d’une innovation sociale. Mais est-ce vraiment le cas ?

D’après un article écrit par Aubry et Chiffoleau en 2009 [1] il n’y a pas de définition officielle des circuits courts. Pour plusieurs auteurs, il s’agit de modes de commercialisation des produits qui limitent le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur et/ou la distance géographique entre les deux. En France il y a une définition donnée par le ministère de l’agriculture : « un circuit court est un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire ». Comme le remarque Gilles Maréchal [4], l’intermédiaire peut être, par exemple, une coopérative agricole où les salariés vendent en direct ou encore un supermarché s’approvisionnant directement. 
 
Dubbeling [1] nous rappelle que ces circuits sont aussi anciens que l’agriculture et que les villes, mais qu’aujourd’hui ils connaissent un regain de vitalité et une forte diversification, singulièrement à proximité des villes. Pourquoi ce regain de vitalité ? Nous pouvons supposer que ces circuits courts sont une sorte de réponse aux dégâts engendrés par la mondialisation et l’ouverture des marchés, l’industrialisation de l’agriculture et le développement de la grande distribution. C’est aussi un moyen permettant de rapprocher le producteur et le consommateur afin de mieux répondre aux demandes de ce dernier, notamment en termes de qualité. Il s’agit d’une alternative contre le modèle actuel de distribution opéré par les grands supermarchés lesquels séparent inéluctablement le producteur du consommateur, augmentent les distances du transport de nourriture et paient un prix très faible aux producteurs. Les circuits courts sont aussi considérés comme une forme de renforcement du lien social entre producteur et consommateur, et en zones périurbaines, entre agriculteurs et urbains.
 
C’est ainsi que pour Maréchal de nouvelles formes de circuits courts émergent, tandis que d’autres plus anciennes se renouvellent, par exemple : les marchés paysans, les points de vente collectif, les AMAP, l’approvisionnement local des cantines scolaires en particulier pour des produits biologiques. Les pouvoirs publics ont aussi participé en partie à la prise en compte de ces circuits émergeants. En Europe nous trouvons cette initiative avec la création du FANN Facilitating alternative agrofood networks par la Commission européenne dans le cadre de la programmation 2007/2013. L’objectif de ce projet était la recherche sur les systèmes alimentaires locaux ou local food systems de cinq pays : l’Angleterre, l’Autriche, la Pologne, la Hongrie et la France. Il réunissait cinq équipes nationales avec chacune une institution académique et une association civile. Les AAFNs “alternative agro-food networks” analysés dans chaque pays ont permis l’instauration des lignes directrices pour leur développement et leur prise en compte dans le cadre de la stratégie Europe 2020. 
 
En France ce mouvement prend ses racines dans les années 1980 en Bretagne avec la création d’une organisation à but non lucratif devenue le premier magasin coopératif biologique. En 1990 le premier magasin coopératif de fermiers a été ouvert suivi par la création de la première AMAP. Le développement de centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAMS) dans les années 90 est aussi une étape importante pour la valorisation de circuits courts. Ce mouvement s’est accéléré après les années 2004-2005 suivant la crise sur la sécurité alimentaire. Par exemple dans l’ancienne région Midi-Pyrénées on comptait environ 7 réseaux CIVAMS. En France on en compte aujourd’hui 140. 
 
Ces centres en collaboration avec l’Union Européenne visent la mise en place de SAAT systèmes alimentaires agricoles territorialisés. Il s’agit d’une manière dont la société s'organise à l'échelle des territoires pour se réapproprier l'alimentation, de la production à la consommation en passant par la distribution. Le réseau CIVAM s'engage au cœur de politiques alimentaires territoriales qui permettent un meilleur accès à une alimentation de qualité pour tous, le maintien ou même le développement d'une agriculture proche des citoyens, la consolidation d'activités rurales non délocalisables, une adéquation entre la production et les besoins alimentaires qui limite la concurrence et favorise la coopération entre paysans.
 
Au niveau national les PAT projets alimentaires territoriaux sont prévus par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13 octobre 2014 (Art 39). Ils permettent l’élaboration d’un projet alimentaire au niveau local avec la participation de différents acteurs comme les coopératives de distribution, les CIVAMS, chambres d’agriculture, collectivités territoriales et services de l’Etat, les groupements d’intérêt économique et environnementaux et des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ces projets peuvent être financés par les fonds FEADER et FEDER de l’union européenne ainsi que par des fonds d’état. 
 
Même si les circuits courts semblent très avantageux non seulement pour le petit paysan mais aussi pour la redynamisation d’un territoire, ils présentent malheureusement plusieurs difficultés. Tout d’abord l’impact sur le développement d’un territoire reste très difficile à être évalué puisqu’il y a un manque de données statistiques. D’après Aubry [1] on ne peut pas certifier qu’ils permettent systématiquement une meilleure marge pour les agriculteurs, ni s’ils sont toujours en croissance dans le périurbain. Ensuite il est tentant de penser que par la proximité qu’un circuit court génère, il y a moindre consommation d’énergie par la réduction du transport des produits, et plus globalement une forme de production-commercialisation à impacts environnementaux réduits. Or une étude menée par Schlich en 2005 sur la viande d’agneau montre que ce n’est pas toujours le cas. Il faut aussi considérer le mode de production et non seulement le transport. 
 
Malgré les désavantages qu’ils peuvent présenter, les circuits courts permettent comme nous l’avons vu précédemment d’échapper au modèle classique d’approvisionnement. Ils permettent de plus de créer une sorte de sécurité alimentaire, de donner accès aux personnes à faible revenue à une alimentation plus saine et enfin ils peuvent renforcer l’économie locale en soutenant les petites entreprises et les petites fermes. Ils sont considérés comme l’équilibre entre ce qui est local et ce qui est global. 
 
Néanmoins il faut non seulement plus de reconnaissance de la part du gouvernement mais aussi  des chercheurs. Tout d’abord avec la collecte d’avantage de données statistiques lesquelles permettent l’évaluation des impacts des circuits courts. Ensuite avec la création de politiques publiques pertinentes prévoyant soit leur renforcement, soit leur développement dans un territoire donné. Tout ceci de façon à rendre compte de leur particularité, de leur potentiel et des possibles retombés sur le développement territorial. Enfin il faudrait aussi plus de conscientisation de la part du consommateur et aller au delà du simple « locavorisme ».
 

Références

Aubry, Chiffoleau. “Le développement des circuits courts et l’agriculture périurbaine: histoire, évolution en cours et questions actuelles”, Innovations agronomiques 2009 5 (53-67)


FANN « Local food systems in Europe : case study from five countrys and what they imply for policy and practice » 2010.
Disponible en ligne : http://www.faanweb.eu/sites/faanweb.eu/files/FAAN_Booklet_PRINT.pdf


 
Fédération nationale des CIVAMS. Campagnes vivantes « Systèmes alimentaires agricoles territorialisés » décembre 2016 Disponible sur http://www.civam.org

 
Maréchal Gilles « Les circuits courts alimentaires: bien manger dans les territoires » Educagri, 2008.

Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la foret. La lettre du CGAAER « Nouvelles tendances des comportements alimentaires des français » septembre 2016. Disponible sur http://agriculture.gouv.fr

 
Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la foret « Construire votre projet alimentaire territorial pour rapprocher production locale et consommation locale ». Disponible sur http://agriculture.gouv.fr

 



 

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 Auteur de l'article : Magda Mojica