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Entre science et prise de conscience

De la liberté des modernes, à l'épreuve de la conscience des anciens
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La liberté est une Galatée adaptée à tous les Pygmalion que nous sommes en puissance.

Elle est la sculpture que nous souhaitons faire épouser aux moindres désirs de notre être. Elle est, pour ainsi dire, notre obligation tout autant que notre respiration. Elle prend vie, car nous le choisissons. Elle peut aussi bien faire l’objet d’une passion, et être la variable d’ajustement des théorèmes scientifiques les plus exigeants. Elle peut surtout être l’objet d’une prise de conscience, la nôtre.


Se plonger intensément dans l’œuvre musicale slave, promet l’introspection nécessaire et vitale à la prise de conscience de la condition que nous honorons, avec toujours plus ou moins de sympathie à l’égard de notre espèce. Le dernier concert de l’Orchestre Symphonique des étudiants de Toulouse au sein de notre Université le 28 Mars, fut l’occasion de prendre le temps de cette introspection. Furent en effet brillamment servis L’Ouverture tragique et la Symphonie n° 2 de Brahms, ainsi que le Die Moldau de Smetana. Plongés dans l’éternelle âme slave, mélancolique et brisée, emportée par la brise et la foudre des sentiments, mille et une chose sont remontées. Dont la liberté. L’air romantique des compositeurs slaves possède cette faculté d’étreindre notre liberté entre l’étau de l’extravagance et de la violence des sentiments. C’est étreinte dans cette difficulté de vivre, que la liberté se fait plus intense. C’est enrobée de contraintes et d’honneur, que la liberté se fait vitale. Voici l’enseignement ultime de l’art oratoire, musical, pictural ou littéraire russe.


Qu’est-ce que le sentiment de liberté, sinon la capacité à en éprouver les limites ?


En passant de Constant à Aristote, de Platon à Dostoïevski, sans omettre Nietzsche, Kant ou Sartre : qu’est-ce que la liberté ? L’action de modification de la face du monde, l’extravagance du sentiment de puissance, la communication du pouvoir d’être. La vie. Pour d’autres, il s’agit d’un fardeau précipitant l’homme au bord de l’abîme de son existence. Si différemment perçue, elle est cet état de l’essence et de l’existence qui crédite un discours ou le débite de sa substance.


Précisément, la liberté vécue par Raskolnikov dans Crimes et châtiments de Dostoïevski permet de saisir cette ambivalence. Pris en tenaille entre sa vie commune et le désir de se réaliser en surhomme, Raskolnikov éprouve intensément les limites de sa liberté, en glissant vers la cruauté et le mépris. Car en réalité, la surhumanité – telle qu’elle est prescrite par Nietzsche ou proscrite par Dostoïevski – ne se mesure qu’en train de se faire. En plus d’être présentielle, cette surhumanité est morale en ce sens qu’elle octroie une licence de faire, par-delà le bien et le mal.


Réaliser sa surhumanité est-ce être libre ?


L’homme libre est celui qui maitrise les différentes chaines de causalité qui mènent son existence de sa génèse à son malaise. Ainsi, s’émanciper de toute chaîne ne peut être compatible avec le soin de les maitriser. Or, la surhumanité trouve son délice dans cet éternel surpassement des limites. Cela se réalise au détriment d’autrui qui constitue la première des contraintes à la liberté, puisque son identité appelle un sentiment éthique à son égard. Le critère de discrimination entre « liberté des anciens » et « liberté des modernes » est justement la faculté à se tourner, ou non, vers l’intérêt d’autrui. Eprouvant la socialitas, l’homme est conscient des enjeux de son espèce et ainsi se trouve en possession de l’esprit de liberté. Si hier la liberté de l’homme consistait en sa capacité à assurer la liberté d’autrui, aujourd’hui la liberté de l’homme consiste en sa capacité à organiser ses propres conditions de vie. Si l’humanité a perdu en cours de route la confiance (en autrui qui organise sa liberté) et l’interdépendance (qui relie les hommes en leur confiant une activité les liant à leurs pairs) elle a perdu son esprit et sa conscience.


Dans Zarathoustra, Nietzsche apprend : « Et la vie elle-même m'a dit ce secret : « Vois, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même ». L’autopoïese est la conjugaison des hommes libres.



Ana Karenjina


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