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Le sud-ouest de la France comme exemple d'institutionnalisation de l'économie sociale et solidaire

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Nous pouvons être tentés de penser que les innovations sociales ou encore l’économie sociale et solidaire comme réponse aux défaillances de « l’économie de marché » sont très bénéfiques pour le développement économique et social d’un territoire donné. Or il existe certaines limites.

Souvent nous entendons parler de « l’économie alternative », des « innovations sociales » ou encore de « l’économie sociale et solidaire ». Or les termes économie sociale et solidaire et innovation sociale sont souvent utilisés à tort comme des synonymes.

 

Mais qu’entendons-nous par innovation sociale ? Quel rapport avec l’économie sociale et solidaire ? Le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire CSESS définit l’innovation sociale comme « l´élaboration des réponses nouvelles à des besoins socio-nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés notamment des utilisateurs et usagers. Ces innovations concernent aussi bien le produit ou service, que le mode d’organisation, de distribution, dans des domaines comme le vieillissement, la petite enfance, le logement, la santé, la lutte contre la pauvreté, l’exclusion, les discriminations…».

 

Il s’agit donc de répondre aux besoins de la société non satisfaits, mal satisfaits ou tout simplement de répondre aux besoins nouveaux. Cela dit l’économie sociale et solidaire fait partie de l’innovation sociale. Au sein des entreprises de l’économie sociale et solidaire il est très normal de trouver une participation du type une voix égale un vote. C’est le cas notamment des coopératives, mutuelles, SCOP (Sociétés coopératives et participatives), associations, fondations, etc. Ces types de collectifs utilisent des compétences du type managériales pour développer une activité (ou plusieurs) avec comme objectif de générer un impact favorable pour la société.

 

Toutefois, cette notion ainsi que celle de l’innovation sociale ne sont pas récentes. Elles font objet de réflexion depuis les années 1970 après la crise pétrolière mais c’est à partir des années 2000 que l’on accorde plus de reconnaissance au niveau institutionnel.

 

Par exemple aux Etats Unis en 2009 sous le gouvernement de Barak Obama il a été créé un bureau de l’innovation sociale et de la participation civique. En Europe l’année 2009 a été connue comme l’année de la créativité et de l’innovation. Depuis, des plateformes ont été créées pour rassembler des responsables politiques, des entrepreneurs et de chercheurs. L’idée était de favoriser l’émergence des réseaux et la coopération entre tous les acteurs concernés. Aujourd’hui l’innovation sociale est conçue dans la stratégie Europe 2020 et des fonds lui sont accordées. En France l’innovation sociale est présente depuis 2009 dans le rapport Vercarmer. L’objectif était de « doter la France d’une politique ambitieuse de développement de l’économie sociale et solidaire ». Mais c’est la loi du 31 juillet 2014 sur « l’économie sociale et solidaire » qui est venue apporter un cadre juridique à cette nouvelle façon de faire l’économie. Aujourd’hui les régions sont chefs de files pour mener à bien ces stratégies. En outre la loi de 2014 a permis de créer les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE). Il s’agit des groupements sur un même territoire d’entreprises de l’économie sociale et solidaire, des collectivités territoriales, des organismes de recherche et toute autre personne physique ou morale. L’objectif de ce groupement est de mener des « projets innovants » sur un territoire avec la coopération de tous les acteurs concernés. Et ainsi d’atteindre un développement économique et social durable. A titre d’illustration l’ex région Languedoc-Rousillon était un des pionniers lors de la mise en œuvre de ces types de projets. En effet le premier incubateur d’innovation sociale á été créé à Montpellier. Aujourd’hui pour plusieurs spécialistes la région Occitanie est considérée comme la plus à la pointe en ce qui concerne les innovations sociales. Par exemple nous pouvons compter environ 11 PTCE en Région Occitanie tandis qu’en Région Nouvelle Aquitaine nous pouvons en compter 7. Ces pôles s’intéressent aux divers sujets comme les circuits courts, l’agriculture biologique ou encore a l’emploi.

 

Nous pouvons mentionner par exemple « Les imaginations fertiles ». Il s’agit d’un tiers lieu où nous pouvons trouver des bureaux, un Fablab, ainsi qu’un espace de coworking. Comme le labo de l’ESS le décrit il s’agit d’un « exemple de projet basé sur la coopération au service de l’innovation sociale, qui démontre comment la mutualisation entre différents acteurs et l’accompagnement peuvent être clé du développement de projets innovants dans un territoire ». Le projet est né en 2010 et a été lauréat du premier appel à projets PTCE en 2013.Aujourd’hui il compte 20 structures membres et 20 salariés.

 

Un autre PTCE un peu plus récent (il existe depuis 2015) est  « La bio pour tous ». Il s’agit de huit structures dans les Hautes Pyrénées se ressemblant autour d’un objectif commun : « donner à tous les moyens de manger sainement, y compris aux plus précaires ». Pour cela ils cherchent la structuration de la filière de l’alimentation bio locale.

 

Un autre PTCE  axé sur l’emploi est  «Dynamique Emploi dans les Quartiers ». Ce PTCE s’est inspiré de l’expérience de la « Plateforme Emploi-Entreprises » (PEE), qui, depuis 4 ans, est chargée de rassembler des représentants d’entreprises, des institutions et des professionnels de l’insertion. L’objectif commun est de rapprocher offres et demandes d’emplois dans les quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. De manière générale ils poursuivent deux objectifs. Le premier est de développer des espaces de rencontre entre employeurs et chômeurs issus surtout des quartiers défavorisés et de les rapprocher. Le deuxième est de « soutenir la création, la reprise, le développement et la consolidation d’entreprises par les résidents des quartiers prioritaires ».

Par ailleurs dans la vallée de l’Aude, le PTCE « 3.EVA » est axé sur une dynamique de revitalisation économique et porté par les acteurs du territoire autour d’un projet collectif. Ainsi ce pôle en ayant une vision transversale du développement du territoire soutient des actions de lutte contre l’isolement et favorise l’emploi et la formation.

 

D’après le labo de l’ESS depuis 2015, 3.EVA développe un projet qui met en rapport des lycéens de Terminale et des acteurs du territoire, sur diverses problématiques. Notamment l’isolement en milieu rural et les problèmes de mobilité, les problématiques du vieillissement ou les enjeux d’attractivité du territoire. Ces "Start’Up Lycée" fonctionnent comme des labos de recherche et développement et ont pour objectifs de réfléchir et de mettre en place des solutions innovantes. Un exemple : la mise en place d’un réseau "fruits et légumes" qui permet de distribuer des paniers issus du territoire via un réseau de magasins locaux, un projet imaginé lors des Start’Up Lycée 2015 et mis en place par la coopérative La Cavale.

 

Nous pouvons être tentés de penser que les innovations sociales ou encore l’économie sociale et solidaire comme réponse aux défaillances de « l’économie de marché » sont très bénéfiques pour le développement économique et social d’un territoire donné. Or il existe certaines limites.

 

Tout d’abord, comme il y a beaucoup de projets en phase d’expérimentation, l’évaluation de leur impact sur le développement économique et social à court terme peut s’avérer difficile voire impossible. De plus, même si l’évaluation est effectuée, certains ajustements au cours du projet peuvent faire en sorte que ce dernier ne soit plus adapté au contexte politique, économique ou social.

 

Par ailleurs pour certains académiques, l’économie sociale et solidaire est vue d’une part comme la délégitimation des missions de l’État social et d’autre part comme la légitimation de l’entreprise. C’est-à-dire que les innovations sociales peuvent être un moyen utilisé par les autorités publiques pour se désengager des politiques sociales, souvent considérés comme coûteuses pour le budget national.  

 

Une vision plus critique soulève que l’économie sociale et solidaire ou encore les innovations sociales seraient simplement la marchandisation du monde associatif, c’est-à-dire que le monde associatif serait pensé à l’instar du marché du travail.

De manière générale les innovations sociales apportent des réponses aux grands problèmes subis par la société, comme le chômage. Tout en impliquant la participation et la coopération des « entrepreneurs sociaux », collectivités territoriales, organismes de formation ou tout acteur intéressé. Elles ont pour vocation de créer plus de cohésion sociale. Toutefois il faut rester vigilants à ce que la volonté des pouvoirs publics ne soit pas celle de se désengager de ses obligations envers la société.


Magda MOJICA 


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