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Les questions autour de la migration

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La migration est un sujet que l'on retrouve souvent dans les discours politiques, les médias et le débat publique en général, que ce soit en Europe ou ailleurs. on parle des bénéfices mais surtout des désavantages engendrés par cette dernière. Toutefois certains arguments semblent être biaisés ou non justifiés statistiquement parlant. C'est ainsi qu'en nous inspirant d'un article publié dans "Le M

Avant de traiter de ces affirmations il convient de définir ce qu’est un immigré et un étranger. L’Insee définit l’immigré comme une « personne née de nationalité étrangère à l’étranger et résidant en France ». Tandis qu’un étranger est « une personne qui réside en France et ne possède pas la nationalité française, soit qu'elle possède une autre nationalité (à titre exclusif), soit qu'elle n'en ait aucune (apatrides). Un étranger n'est pas forcément immigré, il peut être né en France (les mineurs notamment). A la différence de celle d'immigré, la qualité d'étranger ne perdure pas toujours tout au long de la vie : on peut, sous réserve que la législation en vigueur le permette, devenir français par acquisition ».

 

Il faut partir du constat suivant : en 2013, 5,8 millions d’immigrés vivent en France. Une partie de cette population étant française, il y a 4,1 millions d’étrangers sur le territoire, soit 6,2 % de la population totale.

Ceci étant commençons par la première idée: « il y a une hausse massive de l’immigration en France ». Vrai ou faux ? L’immigration en France est un phénomène ancien. D’après l’INSEE l’immigration a connu une stabilisation dans les années 1990 ensuite la population des immigrés augmente à nouveau depuis 1999. Entre 2013 et 2015, les arrivées continuent d’augmenter aussi bien pour les personnes nées en France (retour depuis l’étranger) que pour les immigrés. En effet, en 2013 le solde migratoire s’élevait à 100 000 personnes : 338 000 sont arrivées en France et 238 000 en sont parties. D’après les estimations de l’INSEE un tiers des entrées totales, mineurs inclus, étaient des ressortissants français de retour, et un peu plus d’un quart des ressortissants d’autres pays de l’UE bénéficiant de la libre circulation.

Il faut rappeler que les immigrés peuvent être des étudiants, des membres d’une famille résidant en France, des travailleurs ou des réfugiés. En France en 2014 l’immigration étudiante, avec 65 000 nouveaux titres de séjour accordés, a augmenté de 3,5% et atteint son plus haut niveau historique. Alors que seulement 19 000 nouveaux titres de séjour ont été délivrés à des migrants de travail en 2014, ce chiffre enregistre une progression de 7% par rapport à 2013. Le nombre de nouveaux titres délivrés à des migrants humanitaires (14000) a également connu une augmentation sensible de 16% (OCDE,2014).
 

Elaboration propre. Données INSEE

  

Nous pouvons constater qu’entre 2006 et 2013, la quantité d’arrivées sur le territoire a fortement évoluée. À la baisse d’abord, pour atteindre des valeurs inférieures à 40 000 personnes par an entre 2009 et 2011. Puis à la hausse pour retrouver des valeurs légèrement plus faibles qu’en 2006. Nous en concluons que le nombre de migrants augmente mais que cette croissance est modérée sans pour autant être négligeable. En effet, elle constitue pour cette période entre 10% et 30% de la croissance démographique française.

 

La deuxième idée concerne l’origine des immigrés. L’enquête réalisée par The Guardian a posé la question suivante : « Selon vous, sur 100 personnes en France, combien sont musulmanes ? »  Les français qui ont répondu ont surestimé la population musulmane en répondant 30% tandis que le chiffre réel est autour de 7,5%. Par ailleurs dans la même enquête une autre question a été posée : « Maintenant, projetons nous en 2020, sur 100 personnes vivant en France, combien seront musulmanes ? » En moyenne les français enquêtés ont répondu que la population musulmane allait constituer 40% de la population française d’ici à 2020 alors qu’en réalité Pew Research a estimé qu’elle atteindrait seulement 8,3%. En outre l’INSEE montre que depuis 1975, les origines géographiques des immigrés présents en France se diversifient. En 2013 les immigrés originaires d’Europe représentaient 36% du total des immigrés. Depuis 1999, les origines des immigrés européens sont de plus en plus variées, avec une part croissante d’immigrés nés en Europe de l’Est ou au Royaume-Uni. Pour l’année 2013, 44 % des immigrés sont nés dans un pays du continent africain. Les personnes nées au Maghreb représentent 30 % de l’ensemble des immigrés, proportion stable depuis les années 1980. L’immigration d’Afrique subsaharienne est plus récente et concerne surtout des pays autrefois sous administration française. Enfin, 14 % des immigrés sont originaires d’Asie. La migration en provenance des pays d’Asie s’est accrue sur la période récente, principalement depuis la Chine.

 

Troisième idée : « La France accueille plus d’immigrés que les autres pays de l’UE ». Cela est faux. D’après les chiffres de l’Eurostat du 1er janvier 2015 en chiffres absolus, le plus grand nombre de non-nationaux vivant dans les États membres de l’Union au 1er janvier  2015 se trouvaient en Allemagne (7,5 millions de personnes), au Royaume-Uni (5,4 millions), en Italie (5,0 millions), en Espagne (4,5 millions) et en France (4,4 millions).

 

Quatrième idée « l’immigration ruine les finances publiques ». Une étude comparative de l'OCDE de 2014 montre que dans la plupart des pays, l'impact fiscal de l'immigration est nul ou positif. Pour la France, l'étude estime que l'impact fiscal est négatif de 0,3 point de PIB, soit moins qu'en Allemagne (1,13 point). En moyenne, il est positif de 0,3 point de PIB. Dans la plupart des pays, (sauf dans les pays où les migrants âgées sont plus nombreux) ils contribuent davantage aux impôts et aux cotisations sociales que ce qu’ils ne bénéficient en prestations. L’étude montre par ailleurs que les immigrants peu scolarisés ont une meilleure situation financière - la différence entre leurs cotisations et les avantages qu'ils reçoivent - que leurs homologues autochtones.

Là où les immigrés ont une position budgétaire moins favorable n'est pas dû à une plus grande dépendance aux prestations sociales, mais plutôt au fait qu'ils ont souvent des salaires plus bas et ont donc tendance à contribuer moins.

Ceci étant il semble que de manière générale le discours autour de l'immigration et des immigrés à tendance à ne considérer que les coûts et à surestimer leur présence que ce soit en Europe ou en France. Mais quels bénéfices économiques la migration peut apporter ? Tout d’abord, d’après l’OCDE, les migrants fournissent de la main d’œuvre dans certains secteurs, notamment le monde ouvrier ou l’artisanat. La contribution des immigrés à la croissance économique se fait aussi par les aspects suivants : flexibilisation du marché du travail, renforcement (croissance et rajeunissement) de la population active. Cependant, la situation est moins claire en ce qui concerne la croissance du PIB par habitant. On sait que la migration a un impact démographique non seulement en augmentant la taille de la population mais aussi en changeant la pyramide des âges des pays d'accueil. Selon l’INSEE les descendants d’immigrés sont plus jeunes que le reste de la population. En effet, 47 % d’entre eux sont âgés de moins de 25 ans, contre 30 % de la population n’ayant pas de parents immigrés. De même on trouve que 23 % des descendants d’immigrés sont âgés de 50 ans où plus, contre 37 % des personnes sans ascendance migratoire directe.

De manière générale il faut revaloriser la migration et les bénéfices qu’elle peut générer. On a l’idée que ce phénomène occasionne plus des coûts que d’avantages alors que différentes études montrent le contraire. C’est pourquoi les pouvoirs publics doivent faire des efforts pour mieux intégrer les populations d’immigrés qui à priori représentent un potentiel de croissance économique et pourquoi pas une réponse provisoire à la baisse de fécondité que subit l’Europe.


 

 

 

Références

 

- Eurostat ; Statistics Explained ; mai 2016  « Statistiques sur la migration et la population migrante ». En ligne : http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Migration_and_migrant_population_statistics/fr

 

- INSEE Statistiques et études sur l’immigration ; Brutel Chantal « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2015 ». En ligne : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2593515#graphique-Figure4

 

- INSEE 02/03/2017 Publications grand public  « Tableaux sur l’économie française ». En ligne : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2569332?sommaire=2587886&q=definir+etranger

 

- INSEE 8/02/17 « Etre né en France d’un parent immigré ». En ligne :

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2569332?sommaire=2587886

 

- Le Monde.  Les décodeurs 17/06/15 « 7 idées reçues sur l’immigration et les immigrés en France ». Disponible : http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/06/sept-idees-recues-sur-l-immigration-et-les-immigres_4467506_4355770.html.

 

 

- OECD  « Migration Policy Debates : Is migration really increasing ? » 2014. Disponible sur http://www.oecd.org/els/mig/OECD%20Migration%20Policy%20Debates%20Numero%201.pdf

 

- OECD  « Migration policy debates : Is migration good for the economy ?» 2014. En ligne : https://www.oecd.org/migration/OECD%20Migration%20Policy%20Debates%20Numero%202.pdf.

 

- OECD « Perspectives des migrations internationales » 2016. Disponible sur http://www.keepeek.com/Digital-Asset-Management/oecd/social-issues-migration-health/perspectives-des-migrations-internationales-2016_migr_outlook-2016-fr#page293

 

- The Guardian « The percetion gap : how well do you know your country ? ». https://www.theguardian.com/society/ng-interactive/2016/dec/14/the-perception-gap-how-well-do-you-know-your-country-take-our-quiz.


 


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