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Mais que Marianne était jolie !

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« Marianne a cinq enfants, quatre fils qu’elle a perdus ; et le cinquième à présent, qu’elle ne reconnaît plus ». Aujourd’hui, Marianne a 227 ans, achète des produits bios qu’elle ne mange pas, regarde des émissions de télé-réalité qu’elle trouve débiles et travaille plus pour gagner plus. Aujourd’hui, Marianne est plus française que jamais, et comme tout français qui se respecte, elle s’interroge

C’est dans une de ses maisons de campagne en province (une des rares qui n’ait pas encore été rachetée par des Anglais) que nous avons rencontré Marianne, qui nous a confié ses peines et ses espoirs (pour chanter Dieu, et puis l’amour) tout en se livrant à une analyse fort pertinente de l’histoire et de l’état actuel de nos institutions. Retour sur une rencontre marquante.


CF : Bonjour Marianne ! Comment allez-vous en cette belle journée de printemps ?


M : Ah ma pauvre enfant, si vous saviez ! Entre les rhumatismes, l’arthrose, les varices et j’en passe, je suis plus fatiguée que jamais.


CF : Ah mince. Et ça vous fait ça souvent ?


M : De plus en plus ces dernières années, oui. Ça s’empire, ça ne va pas en s’arrangeant…


CF : Ah mais vous savez, c’est ça la vieillesse. Toutes les bonnes choses ont une fin, mais avant ça c’est la décomposition progressive.


M : Eh bien vous êtes fort aimable vous.


CF : Vous n’avez qu’à aller porter plainte à la police si l’honnêteté ne vous plaît pas.


M : On ne dit pas « la police », mademoiselle, on dit « la sûreté départementale ». Si vous voulez faire chier le monde, autant le faire avec le bon vocabulaire. Ah, jeunesse, jeunesse… Qu’est-ce que vous faîtes là d’ailleurs ?


CF : J’écris des articles pour la rubrique juridique du journal de l’Université Toulouse I Capitole, et j’aimerai bien que vous me parliez un peu de votre histoire, de votre famille. Enfin rapidement, quand même, parce que j’ai qu’une double page.


M : Ça les intéresse encore ces histoires, les jeunes ? Enfin bon, si vous y tenez… Commençons par le commencement. C’est à la fin du XVIIIème siècle que je suis née, déjà mûre et prête à remplir ma mission, telle Athéna jaillissant du crâne de Zeus.


CF : Ou Bacchus sortant de la cuisse de Jupiter…


M : Vous m’excuserez, mais je préfère l’allégorie de la Raison à celle du pochtron de service qui pète plus haut que, voilà, quoi. Bref. Donc, je suis née au lendemain de la Révolution Française, afin de donner à notre pays une nouvelle forme de pouvoir : la République. Je représente la liberté, la démocratie, la victoire du peuple souverain. C’est sur cette base qu’est née la première République, le 22 septembre 1792. Ça n’a pas franchement été une réussite, mais elle a eu le mérite de poser les bases du système parlementaire en France. Au bout d’un an la Terreur s’est installée, puis le Directoire et enfin le Consulat, qui a débouché sur le premier empire.


CF : Et vous avez une idée de ce qui a fait que ça n’ait pas marché ?


M : Honnêtement, je pense que les choses sont allées très vite, trop vite ; mais après tout il faut bien un premier jet avant de pouvoir construire quelque chose de solide.


CF : C’est sûr que la IIème République a été un franc succès…


M : Oui, bon, ça va. Il faut un temps d’adaptation pour tout. Rome ne s’est pas faite en un jour. Regardez la monarchie, ça ne s’est pas fait tout seul, il a fallu du temps. On critique plus facilement parce que c’est plus proche de nous, mais tout système avant d’être correctement installé doit être éprouvé, adapté, modifié.


CF : Oui enfin on ne peut pas dire que ce qui a suivi été parfait… Parlons un peu de la IIIème République, son installation a été quelque peu chaotique, non ?


M : Mais les résultats n’en ont été que meilleurs, si je puis dire. Je dirai que chaque République a reflété le temps dans lequel elle s’inscrivait.


CF : Et j’imagine que pour vous l’idée de République est indissociable de celle de Constitution, non ?


M : Pas que pour moi ! C’est un fait, chaque République est construite sur une Constitution. Oui, je vous vois venir avec votre question, c’est quoi la Constitution, blabla, j’ai bien compris votre truc. La Constitution, c’est un peu le livre sacré de l’Etat, c’est dans la Constitution que l’on va retrouver les règles fondamentales qui viennent régirent les institutions et le fonctionnement de la République en général.


CF : C’est un peu le mode d’emploi de la République, en fait…


M : Oui on peut dire ça… Surtout qu’en fonction de la compétence de ceux qui l’appliquent, ça se rapproche plus du meuble IKEA que du jouet Kinder. C’est grave, je commence à faire les mêmes réflexions débiles que vous…


CF : Oui, bon. En attendant, pensez-vous que la Constitution a toujours une place prépondérante dans le paysage juridique ? Avant elle caracolait joyeusement en tête de la hiérarchie des normes, aujourd’hui, elle est au coude à coude avec les traités internationaux et le droit européen…


M : Mais d’un point de vue strictement national, elle reste LA référence. Le Conseil constitutionnel est là pour contrôler les rapports des lois et règlements à la Constitution et, mine de rien, maintenir ces rapports. Même si ce n’est pas une véritable cour constitutionnelle comme le souhaitait Robert Badinter, il existe aujourd’hui des mécanismes comme celui de la question prioritaire de constitutionnalité qui permettent une meilleure ouverture de la Constitution aux justiciables.


CF : Parlons-en un peu, des justiciables, alors. On voit de plus en plus ces dernières années des personnalités politiques qui sont poursuivies - ou qui ne sont pas loin de l’être - pour corruption, détournement de fonds publics, abus de confiance… Que pensez-vous de ceux qui vous représentent, qui portent votre image ?


M : Ce n’est pas vraiment moi qu’ils sont censés représenter, mais vous, le peuple français. Mais c’est vrai qu’ils véhiculent une certaine image de la France, et ce même à l’étranger.





CF : Vous ne pensez pas qu’il existe aujourd’hui une sorte d’impunité des personnalités politiques ?


M : Mais la politique criminelle n’est-elle pas fondamentalement politique ? Le parquet, qui a l’opportunité des poursuites, est encore solidement lié au pouvoir exécutif. Qu’il ait été critiqué ou relativisé, ce manque d’indépendance existe, c’est un fait. Mais il y a quand même derrière tout ça une question de morale, d’éthique, voire de déontologie de la classe politique, qui reste encore tabou en France. Après, le statut de personnalité politique pourrait induire une certaine forme d’atténuation de la responsabilité pénale. Il existe des immunités pour les chefs d’Etat (sauf devant les juridictions internationales), les ambassadeurs ; et la responsabilité pénale ou du moins ses conséquences peuvent être atténuées voire écartées, pour les mineurs, ou les incapables. Mais c’est comme pour l’indépendance du parquet, il suffit d’assumer la situation.


CF : On parle de République, de Constitution, de politique… Je ne peux pas vous laisser partir sans vous avoir demandé votre avis sur l’Union Européenne, et sur les relations de la France avec elle.


M : Et moi qui espérait pouvoir passer à travers ce genre de questions…


CF : Ça vous dérange de parler de l’Europe ?


M : Non, vous savez bien que j’ai toujours été favorable à la coopération internationale, les échanges économiques et commerciaux…


CF : Oui, enfin, l’UE aujourd’hui, c’est un peu plus que de la coopération ou de l’échange. Le traité de Lisbonne notamment a renforcé l’idée d’une Constitution européenne que nous avions pourtant refusée, on parle d’une justice unie avec le développement d’un parquet européen…


M : En fait, je vais être honnête, tout ça me dépasse un peu. Alors oui, je reste une idéaliste, évidemment je rêve du jour où moi et mes amis européens danserons nus main dans la main dans un champ de fleurs en chantant l’hymne à la joie style printemps des peuples, mais je sais que le monde d’aujourd’hui, ça n’est plus vraiment ça…


CF : Une dernière question et après je vous laisse. Puisque c’est bientôt le festival de Cannes, si on adaptait votre histoire au cinéma, qui voudriez-vous pour vous incarner à l’écran ?


M : Maintenant ? Catherine Deneuve je pense. L’image d’une femme à l’épreuve du temps, qui a connu des hauts et des bas, mais qui encore aujourd’hui peut apporter de bonnes choses si elle est bien guidée…


CF : Ah oui quand même. Bon, en tout cas merci Marianne, et on se revoit sur le tapis rouge alors !


M : Advienne que pourra ! Remarquez, ce sera peut-être un des derniers endroits où l’on pourra rêver devant ce que l’on nous montre…


Constita First



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