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Martin Schultz, un candidat qui fait fureur !

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Élections présidentielles et fédérales de 2017 : après les Pays-Bas et la France, ce sera au tour des Allemands d’élire leurs représentants.

Entre les affaires très médiatisées des candidats à la présidence de la République française et l'attitude quelque peu inquiétante du Président outre-Atlantique, la couverture de l'élection présidentielle de la République fédérale allemande le 12 févreir dernier est passée quasiment inaperçue dans l'Hexagone. En cause, la fonction avant tout représentative du Président allemand. Ce dernier incarne l’État allemand mais le réel pouvoir est détenu par la chancelière, comme dans tout régime parlementaire classique. Il représente ainsi l’État en Allemagne et à l’étranger, signe et promulgue les lois,  mais possède également une réelle autorité morale : ses allocutions sont attendues et peuvent influencer la politique gouvernementale. On se rappellera longtemps de l'engagement de Joachim Gauck, président de 2012 à 2017, dans la défense des droits de l'homme - de la reconnaissance du génocide arménien à son plaidoyer pour l'accueil des réfugiés. En outre, cette élection était une simple formalité pour le Président élu, Frank-Walter Steinmeier, qui avait reçu en novembre le soutien de son parti, le SPD (Parti social-démocrate) mais également celui de la coalition CDU-CSU (Union des partis chrétiens), qui faute de se trouver un candidat, a choisi de le soutenir. Cet appui lui a garanti une victoire incontestable, ces partis détenant plus de la majorité des sièges au Bundestag (l’Assemblée parlementaire allemande). Ce sont les membres élus de ce dernier ainsi que des membres du Bundesrat (le Conseil fédéral, représentant les Länder,) qui, réunis en Assemblée fédérale, ont ensuite procédé à l’élection du nouveau locataire du château de Bellevue. Seuls trois partis, le SPD, die Linke (le parti radical de gauche) et l'AfD (Alternative für Deutschland, parti eurosceptique d'extrême droite) ont présenté un candidat. Le FDP (parti libéral-démocrate) et die Grünen (les Verts) ont décidé, comme la coalition CDU-CSU, de soutenir Steinmeier. Le 12 février, Steinmeier est élu dès le premier tour de scrutin par 931 grands électeurs sur 1260, devenant ainsi le douzième président de la République fédérale et succédant à Joachim Gauck. Ce dernier n'a pas souhaité se représenter, au grand regret d'Angela Merkel qui aurait préféré que l'ancien pasteur réalise un second mandat.

 

Steinmeier est un homme politique déjà bien connu en Allemagne. Originaire de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et docteur en droit, il est candidat à la chancellerie en 2009 face à Merkel, qui l'emporte haut la main. L'union des partis chrétiens disposant d'une majorité suffisante, elle n’est pas contrainte de s’associer avec le SPD et choisit plutôt de former un gouvernement de coalition avec le FDP (parti libéral-démocrate). Steinmeier se retrouve alors dans l'opposition et reste, en tant que président du SPD au Bundestag, une figure centrale de la politique allemande. Il ne se représente pas lors des élections de 2013, à l'issue desquelles Merkel est, pour la troisième fois, élue chancelière. Son parti se voit néanmoins dans l'obligation de former une coalition avec le SPD - qu'on appelle la «grande coalition » -  afin de pouvoir former un gouvernement. C'est à cette occasion que Steinmeier est nommé ministre des affaires étrangères, poste qu'il a cédé le 27 janvier dernier à Sigmar Gabriel, qui occupait auparavant le ministère de l'économie et de l'énergie. Steinmeier jouit d'une grande popularité, renforcée en 2010 lorsqu'il a mis sa carrière entre parenthèses pour donner un rein à sa femme malade. Le président a pris ses nouvelles fonctions le 18 mars et se battra notamment, comme son prédécesseur, contre le populisme.

 

L'élection présidentielle ne représentait ainsi pas un enjeu essentiel, mais ce n'est pas le cas des élections fédérales qui elles, en revanche, sont loin d’être jouées. Les 630 sièges du Bundestag seront renouvelés par suffrage universel direct, le 24 septembre, et le chancelier, proposé en théorie par le président fédéral, sera élu par les nouveaux députés parmi le parti majoritaire. À l’heure où l’Europe se tourne vers le nationalisme avec un soutien de plus en plus prononcé aux candidats des partis d’extrême droite, les candidats des partis de gauche ne sont pas moins présents dans le débat. Plongeons à présent au cœur de l’actualité allemande avec le « Schulz-Effekt »,  phénomène tirant son nom du candidat du SPD Martin Schulz. Ce dernier fait ainsi « fureur », au sens littéral du terme – ne cherchez pas de lien avec le national-socialisme car il n’y en a pas, mis à part le fait qu’il pourrait lui aussi avoir la chance, dans quelques mois, d’être élu démocratiquement à la chancellerie du pays. En effet, Schulz s’est révélé être, ces derniers mois, un candidat redoutable pour Angela Merkel, chancelière depuis 2005. Fraîchement sorti du Parlement européen, Martin Schulz séduit par son parcours atypique. Lui aussi originaire de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, il rêvait d’une carrière de footballeur, aspiration à laquelle il a dû renoncer à la suite d’un accident. Il adhère au SPD en 1974 avant de quitter le lycée… sans le BAC, ce qui ne lui empêche pas de devenir polyglotte. Il parle en effet l’allemand, l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien et le néerlandais couramment, utile pour un mandat à la tête de l’Union Européenne. La ville de Würselen est témoin de son ascension au pouvoir : de simple libraire, il est élu conseiller municipal en 1984, puis maire en 1987. Ce seront ses seuls mandats d’importance en Allemagne, puisqu’il effectue la suite de sa carrière au Parlement européen, où il entre en tant que député en 1994 et dont il est élu Président en 2012. C'est sous sa présidence que le Parlement parvient à se médiatiser, à créer une véritable identité européenne qui trouve un écho particulier au sein de la jeunesse. On se souviendra de son exceptionnel talent d'orateur à l'hémicycle, de ses prises de position contre le populisme et les eurosceptiques tels le britannique Nigel Farage ou Marine Le Pen. C'est afin de leur faire barrage qu'il a encouragé la formation de coalitions avec les conservateurs au Parlement, une pratique très largement répandue en Allemagne. Son camarade Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne avec qui il a énormément collaboré, le regrettera sûrement, mais Schulz a définitivement quitté Strasbourg, laissant son siège à Antonio Tajani, membre du PPE, le Parti populaire européen qui regroupe les partis de droite et de centre droit d’inspiration libérale-conservatrice. Schulz se retire ainsi de la vie européenne, laissant à l’ex-journaliste, proche de Berlusconi, le soin de faire face à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et d’assurer la cohésion entre les 27 États membres restants.

 

Martin Schulz peut désormais se consacrer pleinement à la politique allemande. Le dimanche 19 mars 2017, il est élu président du SPD à l’unanimité, réalisant ainsi un score historique. Les 605 militants du SPD ont ainsi décidé de placer l’avenir proche du parti entre les mains de Schulz, le préférant à Sigmar Gabriel, actuel ministre des affaires étrangères et vice-chancelier. Ce dernier, qui avait brigué la chancellerie en 2013, sans succès, s'en remet d’une apparente bonne volonté à son collègue et ami. Les deux hommes restent en effet très proches, un modèle de respect et d’humilité encore à développer chez quelque perdant de la primaire française de janvier dernier. Le programme du candidat est centré sur la défense des classes populaires. Il propose de rallonger la durée pendant laquelle l'allocation chômage est perçue, celle-ci étant actuellement plafonnée à 12 mois pour les personnes âgées de moins de 50 ans. L'allocation avait été réduite sous la gouvernance de Merkel, afin d'encourager les chômeurs à retrouver du travail. Schulz souhaite ainsi revenir sur l'Agenda 2010, un ensemble de réformes sociales et économiques conçues par Steinmeier et mis en œuvre entre 2003 et 2005. Aussi appelées réformes « Schröder », du nom du chancelier qui était au pouvoir, ces réformes auraient permis à l'Allemagne d'acquérir son titre de plus grande puissance économique européenne et de devenir un modèle envié partout dans le monde. Mais ce n'est pas là l'avis de Schulz, selon lequel ces réformes ont accentué les inégalités et mené à une plus grande précarité. Il profite ainsi de son absence sur la scène politique allemande durant ses années européennes pour attaquer l'Agenda 2010, pourtant porté par son propre parti. Ce point-là est le seul vraiment concret de son programme, qui pour le reste est encore assez flou. En ce qui concerne la politique étrangère, ses détracteurs lui reprochent d'avoir soutenu, à l'époque, la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'Union européenne, soutien sur lequel il est pourtant revenu ces dernières années, surtout depuis la tentative de putsch militaire de l'été dernier ainsi que la répression qui l'a suivie. Erdogan ayant publiquement annoncé vouloir rétablir la peine de mort, l'entrée de la Turquie dans l'UE n'est désormais plus un sujet sur lequel débattre. Schulz a fermement condamné la Turquie pour sa politique récente mais n'a pas clos la discussion. Il s'est ainsi rendu en Turquie pour rencontrer Erdogan, le maintien des relations entre les deux puissances étant nécessaire pour gérer la crise migratoire et l'afflux de migrants dans l'UE. Les rapports entre les puissances turques et allemandes, ainsi que néerlandaises, se sont malgré tout considérablement refroidis depuis que l'Allemagne a empêché la tenue de manifestations pro-Erdogan en vue du référendum pour le renforcement de ses pouvoirs. S'il est élu, Schulz devra par ailleurs gérer, en plus des relations germano-turques, la crise migratoire, lutter contre la menace terroriste et contre la montée de l'extrême-droite.

 

La chancelière actuelle utilise une rhétorique quelque peu différente. Elle fait campagne sur le thème de la stabilité, et table sur la crainte d’une hypothétique coalition entre le SPD et les autres partis de gauche. Pragmatique, Schulz n’a pourtant pas pris position concernant la formation  d’une coalition s’il était élu. Merkel, réélue en décembre dernier à la tête du CDU (Parti chrétien démocrate), défend son bilan économique et souhaite bien  entendu conserver l’Agenda 2010, alertant les électeurs des conséquences d’une révision des réformes. Elle propose de multiplier par deux le budget de la Bundeswehr, l’armée nationale, et de renforcer la coopération internationale en gardant ses alliés à l’étranger – la question est de savoir quels alliés, vue la position de Trump envers l’Europe et la montée des mouvements nationalistes. Briguant un quatrième mandat, la chancelière mise sur son expérience à la tête du pays et à la confiance que ses électeurs lui ont accordée pendant 12 ans. Aujourd’hui rivaux, Martin Schulz et Angela Merkel, ont malgré tout travaillé ensemble durant de nombreuses années. Ils partagent les mêmes positions concernant la Turquie, l’Union Européenne et la crise migratoire, thèmes sur lesquels ils ne pourront ainsi pas de départager.

 

Martin Schulz, l’homme « neuf » de la politique allemande, a su raviver la popularité du SPD par son origine modeste, son attachement envers les classes populaires et son aisance oratoire. Pour autant la victoire est loin d’être acquise. Quand certains sondages lui donnent la victoire, d’autres lui sont moins favorables. Un sondage réalisé par l'Institut Forsa en février donne ainsi le CDU en tête avec 37% d’intentions de vote contre 32% pour le SPD. En démontre également le résultat des élections législatives dans la Sarre. Le million d’habitants du deuxième plus petit Land d’Allemagne a ainsi renouvelé, le dimanche 26 mars, son parlement régional. Ce premier scrutin a favorisé le parti d’Angela Merkel, le CDU, qui a remporté la majorité avec 40,7% des voix. Une douche froide pour le SPD qui arrive plus de 10 points derrière, et une déception pour Schulz, qui espérait mieux mais ne se laisse pas abattre pour autant, restant optimiste pour la suite. Le SPD aura l’opportunité de réaliser un meilleur score avant septembre dans deux autres Länder, le 7 mai en Schleswig-Holstein puis le 14 mai en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Quant à l’AfD (Alternative für Deutschland), parti aux tendances populistes, il n’a pas trouvé l'écho qu'il espérait à ses propositions eurosceptiques et xénophobes dans la Sarre. Les populistes de droite ne sont pas avantagés par la popularité nouvelle du SPD porté par Schulz. Mais celui-ci a beau être populaire et séduire les Allemands, ce ne seront pas eux qui auront le mot final, le chancelier n'étant pas élu au suffrage universel direct mais par les 630 députés – élus eux au suffrage universel direct - qui le choisissent parmi le parti majoritaire à l'issue du scrutin. Pour autant, que ce soit le CDU-CSU ou le SPD qui remporte la victoire, le populisme n’a en Allemagne pas la même percée qu'en France, malgré la politique d’accueil aux réfugiés qui donne du grain à moudre à l’extrême droite.

 

 

Elsa Assalit



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