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Projet de fusion : Interview Représentant étudiant UT2

Le Décodé : Bonjour Axel. Avant de commencer l'entrevue, peux-tu te présenter pour nos auditeurs ?

 

Axel Loscertales : Bonjour, je suis étudiant en deuxième année d'histoire de l'art et vice-président étudiant de l'Université Toulouse 2 Jean Jaurès depuis le 1er décembre 2016 sur la liste UNEF avec d'autres associations étudiantes telle que l'UEC (Union des Etudiants Communistes) dont je suis membre. L'UNEF est l'Union Nationale des Etudiants de France, un syndicat étudiant historique qui n'a pas eu sa place au CNESER malheureusement.

 

 

Le Décodé : Quelle est la position de votre syndicat quant à ce projet de fusion ?

 

Axel Loscertales : Actuellement, nous refusons la fusion des universités toulousaines, peu importe le cadre ou le nom donné, et cela pour plusieurs raisons.

Premièrement, la perte de la souveraineté démocratique des établissements ainsi que la perte de la personnalité morale et juridique car il y a des nuances entre les gouvernances de chaque université, UT1 y compris bien qu'elle ne soit pas dans le projet. Avec la fusion, les pratiques spécifiques de chacune ne pourront évoluer, elles seront absorbées au sein d'un « Sénat académique », un peu occulte. Nous sommes certains que seuls trois représentants étudiants y siègeront, justifiant en partie notre opposition, ainsi que trois représentants du personnel face à six représentants d'entreprise d'envergure nationale telle qu'Airbus ou Pierre Fabre. En comparaison, la participation d'EDF au sein de l'université Aix-Marseille a permis la création de Master sur l'énergie nucléaire, ce qui est une bonne chose, mais au profit de la suppression d'autres filières - en conséquence la recherche est pilotée par les entreprises. Je suis pour les débouchés dans de nouvelles filières mais contre l'idée d'un marché de la recherche pour les grandes entreprises dans les universités publiques.

 

De même, la fusion permettra une évolution du statut d'université à celui de « grand établissement », et donc de déroger au code de l'éducation. De cette manière, les frais d'inscription pourraient augmenter. Les défenseurs du projet à UT2 soutiennent le contraire  en vantant leur bonne gouvernance mais on peut douter de sa continuité après la fusion. A titre d'exemple, les frais d'inscription de l'Université Paris Dauphine, qui a le statut de grand établissement,  s'élèvent à 6.050 euros.

L'avantage de ce projet serait la reconquête de l'IDEX bien que rien n'est certain sur cet objectif ! Or l'IDEX est un financement pour les travaux de recherche dans un cadre d'excellence et les entreprises seront encore au tournant. Ce financement ne touchera pas l'ensemble de la recherche. Pour le cas des laboratoires d'histoire de l'art, il y a un manque de fond et pour la recherche en sciences sociales et humaines, rien n'est moins sûr.

 

 

Le Décodé : Les principales associations de représentation des étudiants devront-elles, si le projet voit le jour, se réunir en des organismes plus importants ?

 

Axel Loscertales : Sur le déroulement du scrutin, tout cela reste flou. Pourtant je vois assez mal la légitimité de l'élection, sans tenir compte de l'abstention, d'un étudiant représentant environ 30.000 personnes, presque autant qu'un député ! Cela me semble invraisemblable d'un point de vue démocratique.

 

 

Le Décodé : Ne craignez-vous pas que l'abstention aux élections ne se développe encore davantage, les étudiants se sentant trop distants et peu concernés dans ce gigantesque ensemble pour aller voter ?

 

Axel Loscertales : Je n'en suis pas convaincu, l'abstentionnisme aux élections étudiantes ne peut être seulement imputés au désintérêt ! Plusieurs facteurs doivent rentrer en compte comme le manque d'information ou la dépolitisation générale de la société, ce qui amène certaines associations à se revendiquer dépolitisées. La fusion ne devrait pas aggraver le phénomène. A l’UT2, avec l'UNEF, nous tentons de démasquer le projet de la fusion et donc de mobiliser les étudiants contre la fusion. A la rentrée, Monsieur Daniel Lacroix, président de l'UT2, proposera un référendum sur la question. Celui-ci ne devrait pas être seulement consultatif et son résultat serait décisif sur la poursuite du projet. Il y a donc une campagne de prise de conscience à monter sur le terrain. C'est une occasion de montrer une application concrète du vote étudiant.

 

 

Le Décodé : Les budgets alloués à la recherche ne risquent-ils pas d'aller davantage vers des sciences nécessitant des fonds importants plutôt que vers des sciences humaines ?

 

Axel Loscertales: Il serait absurde de penser l'inverse et que toutes les subventions seront bien réparties! A l'université de Bordeaux il n'y a plus de budget pour les sciences humaines. Il ne faudrait tout de même pas rentrer dans une logique de concurrence entre les établissements.

 

 

Le Décodé : Peut-on espérer un meilleur contrôle et des moyens accrus accordés aux chargés de TD ?

 

Axel Loscertales : Concrètement, les universités ont plus à gagner dans le recrutement de chargés de TD que de maîtres de conférence ou de professeurs des universités pour assurer les cours. Cela dépend également si certaines filières sont supprimées. Des campagnes de recrutement pourraient avoir lieu au niveau des doctorants ou des personnels de bibliothèque. Dans l'absolu, leur situation ne s'arrangera pas forcément tant que ne sera pas réglé la question de la mensualisation des doctorants.

 

 

Le Décodé : Pensez-vous que les diplômes obtenus seront valorisés par la fusion si elle se réalise ?

 

Axel Loscertales : Honnêtement, je n'en suis pas persuadé. Avec le rayonnement international ou le classement de Shanghaï, il y a en effet cette perception d'un diplôme valorisé. Cependant la valeur d'un diplôme ne se résume pas à son coût mais à la qualité de l'enseignement. Une université qui manque de moyens, avec peu d'enseignants et dont les étudiants échouent ne peut délivrer un bon diplôme. Nos universités toulousaines sont des universités de proximité, car le public étudiant se retrouve aussi dans les diplômes proposés. L'attractivité d'une université c'est avant tout la qualité du travail et de la réussite de ses étudiants grâce à l'enseignement dispensé !


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