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La SMART CITY ou la captation massive de données des citoyens La ville intelligente oui mais à quel prix ?

La Smart city, ou ville intelligente, est encore loin d’être une ville peuplée de voitures volantes et de robots ramasseurs de déchets ; c’est tout sobrement une meilleure adaptation de nos villes à de nouvelles réalités et nouvelles technologies.

La Smart City, qu’est-elle ? 

 

La CNIL – Commission Nationale de l’Informatique et des libertés – définit la Smart city ou Ville intelligente comme un « concept de développement urbain afin d’améliorer la qualité de vie des citadins en rendant la ville plus adaptive et efficace, à l’aide de nouvelles technologies. » Cette nouvelle construction urbaine suppose un réel investissement dans le capital humain, social et dans la gestion publique (ses infrastructures, services, transports). A titre d’exemple nous pouvons constater l’accroissement de la dématérialisation des services administratifs et l’amélioration des programmes de mobilité et transports prenant en compte le souci environnemental.

 

Juridiquement il n’existe pas de définition universelle de la ville intelligente mais il est toujours possible d’en dégager des caractéristiques modulables. Elle peut se définir comme une évolution du territoire visant l’optimisation des services aux usagers et le développement des technologies de l’information et de la communication. Comprenons que chaque ville va développer son écosystème en fonction des besoins de ses propres citoyens, de ses ressources et de son histoire. Cette optimisation urbaine rejoint plusieurs piliers dont les principaux sont la mobilité, la décongestion du trafic et la mise en place de transports en communs hybride, électrique voir autonome dans l’intégralité de la ville (bien pratique en temps de grèves… une pensée aux parisiens), l’optimisation de l’éclairage urbain plus respectueux de l’environnement et moins coûteux pour les collectivités et une meilleure organisation des services de déchets. Entre autres on retrouve des applications permettant de nous donner les horaires de transports en communs ou encore les places disponibles au sein des parkings. Enfin on retrouve l’encouragement de l’e-participation des habitants leurs permettant de les placer au cœur de la ville.

 

Et chez nous ? Le projet de Toulouse Métropole : Smart city 2015-2020

 

Le projet Smart City a été impulsé en 2015 par Toulouse Métropole et repose sur une construction collaborative entre une multitudes d’acteurs dont des partenaires publics, des sociétés privés, des start-ups, des laboratoires de recherches et la participation des citoyens. L’objectif est de construire une ville plus « fluide, conviviale, innovante, dynamique, attractive, responsable, durable » selon Bertrand Serp, vice-président en charge du numérique de Toulouse Métropole.

 

Que de positif ! C’est environ 500 millions d’euros d’investissements publics qui ont été prévus pour la construction de ces chantiers. La ville intelligente tiens compte du contexte local, de son histoire, de ses ressources et priorités. Toulouse ayant été reconnue capitale française de l’intelligence artificielle, des projets innovants sont à prévoir dans un futur proche. La priorité affichée, c’est la mobilité : Toulouse Métropole et la société Tisséo-SMTC développe une troisième ligne de métro, un doublement de capacité de la ligne A, un téléphérique urbain Aérotram et des lignes de bus Linéo. En ce qui concerne la navette autonome, la société toulousaine EasyMile décroche le projet et entreprends de mettre en place des minibus autonomes. Toulouse Métropole prends également le temps de développer une stratégie axée sur l’environnement et passe principalement par la mise en place de zones ciblées qui intègrent un éclairage public intelligent dont le but est de réduire la consommation d’énergie.

 

En ce qui concerne la place du citoyen, l’Open Métropole met en place une plateforme collaborative : jeparticipe.toulouse.fr qui permet aux citoyens de donner leurs avis et de proposer des projets au sein des différents quartiers composant Toulouse. On peut y voir des projets passant de la mise en place de Jardins, de Centres de compostes ou encore de « Grillades et chaises Longues » car il y fait bon vivre dans la ville Rose.                                                             

 

De même, est instauré un Laboratoire des Usages pour inclure les citoyens dans une réflexion sur l’émergence des nouveaux services publics. C’est un dispositif permettant d’encourager les citoyens à participer au développement de leur ville. En effet la Smart city inclue des Smart citoyens n’est-ce pas ?

 

Afin de consacrer la transparence de l’utilisation des données de ses citoyens, Toulouse Métropole n’oublie pas d’élaborer d’un portail des données ouvertes Data.toulouse-metropole.fr. Cette plateforme permet de regrouper des données relatives à la culture au sein de la ville, l’enfance, les services, le sport, les chantiers en cours, les toilettes publiques, les panneaux lumineux, les stations de vélo etc.

La smart city reste une innovation sociale permettant aux citoyens de trouver les solutions aux problématiques qu’ils rencontreront. Cependant, la construction de ces villes intelligentes qui paraissent idylliques ne sont pas sans conséquences.

 

Une symbiose entre humains, nouvelles technologies et urbanisme : porteuse d’enjeux divers

 

Dorénavant, la ville telle qu’elle avait été administrée à la fin du XIXème siècle n’est plus.

 

La ville urbaine intelligente a besoin d’une nouvelle institutionnalisation, structuration et administration répondant aux nouvelles technologies et aux nouveaux besoins de ses citoyens. Il faut repenser la gestion publique de la collectivité en terme d’offre de service public pour les mobilités, les investissements des infrastructures, la crainte de tomber dans     l’« Uberisation » de l’acteur public. Va donc subsister un choc générationnel. Notons que certains services de la smart city vont trouver leurs limites au niveau des utilisateurs telles que certaines personnes handicapées et personnes âgées.

 

L’essence de la smart city repose sur deux technologies : l’intelligence artificielle et le big data. Deux notions aussi vaporeuses qu’imprécises. En ce qui concerne le big data, l’idée générale est d’enregistrer le plus de données possibles comme la localisation GPS, les sites que vous visitez (pensez à vérifiez les cookies des sites), les thermostats etc. L’objectif est de connaître le consommateur, le citoyen. L’intelligence va permettre à une machine, un ordinateur de traiter via un algorithme l’afflux massif de données et d’en déduire des résultats. In fine, la connaissance des besoins des citoyens passe par le croisement des données permis par les citoyens eux-mêmes mais également par des capteurs installés dans la ville pour connaître par exemple la fréquentation d’un lieu.

 

De prime abord, de nombreux questionnements juridiques peuvent être envisagés quant à ces flux constants de données, et la responsabilité y étant attachée. Qui sera tenu pour responsable en cas de dysfonctionnement d’un dispositif urbain interconnecté ? Peut-on considérer comme étant responsable l’autorité publique chargée de la sécurité et de la circulation ou encore la société privée ayant conceptualisé le dispositif intelligent ?             

 

De même, d’un point de vue humain et social, devons-nous repenser la place du citoyen et en conséquence de cela, une nouvelle forme de citoyenneté pourra-t-elle être envisagée ?                   

 

Au surplus il subsiste un flou relatif au statut juridique des données ; si la ville intelligente s’est construite sur la captation massive des données, il est difficile de savoir à qui appartienne les données, et où se situe la délimitation de la vie privée et des données dites publiques. En outre, il est nécessaire que soit mis en place une gouvernance éthique forte respectant l’utilisation des données personnelles et le respect du droit à la vie privée comme le précise les textes en vigueur. En conséquence de cet apport technologique, un risque subsiste et c’est celui de la cybercriminalité et l’atteinte aux dispositifs techniques que ce soit le fruit d’une attaque extérieure, d’une cyber-attaque, mais également d’un incident humain ou naturel.

 

Du reste, de nombreuses associations relatives à la défense des droits et libertés des citoyens sur Internet comme La Quadrature du Net s’interrogent quant à la nécessité de certains dispositifs installés par ces villes interconnectées. C’est le cas notamment des dispositifs sécuritaires intelligents tels que la mise en place de la reconnaissance faciale dans les lieux publics. Au risque d’être perçus comme un Big Brother et d’être attentatoire à nos libertés individuelles, il est d’une nécessité accrue d’encadrer le développement de ces dispositifs qui paraissent pourtant peu légitimes.

 

Barnat Nawel

 

 


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