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Le style d'Emmanuel Macron à l'international, séducteur ou fédérateur ?

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Que l'on soit familier ou non aux relations internationales, les événements par-delà nos frontières gardent une place prépondérante dans notre actualité. Une élection, une guerre, une victoire olympique, un mouvement politique, peu importe sa nature, le fait social étranger contribue à enrichir notre portrait de ce vaste monde.

Que l'on soit familier ou non aux relations internationales, les événements par-delà nos frontières gardent une place prépondérante dans notre actualité. Une élection, une guerre, une victoire olympique, un mouvement politique, peu importe sa nature, le fait social étranger contribue à enrichir notre portrait de ce vaste monde. Pourtant, il est plus rare de réaliser l'inverse, en posant notre regard sur ce que le reste du monde pourrait bien penser de notre pays, de nos élections, de nos guerres, de nos victoires olympiques et de nos mouvements politiques. Ce trait de caractère, l'ethnocentrisme, n'est pas propre aux français mais à toutes les populations du globe. Or lorsque l'on y prête attention, les perceptions étrangères de notre pays sont capables de fournir de nouvelles clés de compréhension sur nous-mêmes !

 

Depuis son accession au pouvoir le 14 mai 2017, Emmanuel Macron est souvent perçu comme un « président jupitérien », auquel nulle vertu ne manquerait dans le noble exercice de sa fonction. Si l'hyperbole est suffisamment claire pour décrire l'image du nouveau président, celle-ci doit être relativisée car elle n'a pas la même force dans le reste du monde ! La France joue sur la scène internationale via la figure présidentielle d'Emmanuel Macron et ce dernier semble apporter une « plus-value » à la politique étrangère française d'après les médias étrangers.

 

Le magazine américain Time lui a consacré sa Une du mois de novembre sur un ton élogieux tout en dépeignant une vision messianique de ce président fraîchement élu aussitôt honni (classic french president). Par une analyse critique de la perception du président français lors de ses premiers pas sur la scène internationale sont révélées les caractéristiques de sa politique étrangère... selon le magazine! Idéal-type du multilatéralisme, Emmanuel Macron apparaît comme un jeune dirigeant s'entretenant avec toutes les parties, mettant en avant le travail d’équipe tel qu'il l'envisage avec l'Europe, et surtout un défenseur de l'environnement en invitant une centaine de dirigeants à Paris en décembre 2017 pour célébrer la COP21. Cependant, tout au long de l'article le journaliste implique Donald Trump à plusieurs reprises telle une caricature de dirigeant amateur, alors que son propos concernait seulement le président français. Et c'est ainsi qu'il est perçu : tel un habile anti portrait chinois, Emmanuel Macron est « l'anti Donald Trump » par excellence. Marqué d'ethnocentrisme peut-être, le Time semble sacraliser le politicien qu'ils espéraient ! Et si vous pensez que le terme « sacraliser » est fort, attendez de lire la fin de l'article en question : sur l'avenir de Macron, le journaliste prédit que, si sa politique est un succès, le rang de dirigeant mondial pourrait s'ouvrir à lui !

 

Si l'on écarte l'article du Time, la presse française évoque une thématique similaire en reprenant la figure du « gaullo-mitterrandisme », celle du multilatéralisme. C'est dans un article du « Monde diplomatique » d'octobre 2017 que le terme est réapparu récemment, mais que signifie-t-il ? De Charles De Gaulle à Jacques Chirac, la politique étrangère de la France reposait sur son indépendance diplomatique et militaire, lui permettant de s'entretenir avec plusieurs Etats sans se soucier de ceux qu'en penseraient les autres, en bref un multilatéralisme parfaitement assumé. D'ailleurs cette position d'Etat non aligné dialoguant avec un grand nombre de dirigeants conforterait le rôle de la France comme une puissance d'influence et instigatrice de projets globaux – la France serait un acteur marginal-sécant ! L'auteur de cet article, Jean De Glinasty ancien ambassadeur de France en Russie, revient sur cette doctrine marquant l'identité de la France dans les relations internationales, une vision revendiquée par Emmanuel Macron, mais est-elle bien appliquée? Aucun engagement fort sur le conflit israélo-palestinien, une diplomatie uniquement portée vers l’Arabie Saoudite, l’Elysée est à la charnière entre les démarches mercantiles et une nouvelle politique arabe avec l’accueil du premier ministre libanais.

 

En se détachant de la presse, l’action internationale du dirigeant français pourrait être envisagée à partir des grands courants théoriques des relations internationales (réalisme, libéralisme et constructivisme). Evidemment cette analyse est sommaire mais elle apporterait de la nuance à celles des journalistes. Tout d’abord sa faculté à rencontrer tous les acteurs et à les inclure dans des projets communs (COP23, élargissement du Conseil de sécurité des Nations unies) contribuant aux intérêts de chacune des parties l’inscrit parfaitement dans la vision libérale. Puis, dans la manière de s’adresser aux autres dirigeants, Emmanuel Macron agit toujours avec diligence, surtout avec les « mal aimés » de la société internationale. Par exemple, il invitera la Syrie à Paris en décembre ou il s’opposera à un matraquage de la Russie par des sanctions économiques. Même si Trump est en désaccord avec lui, il tente d’établir une relation de confiance entre eux. Son action est empreinte de constructivisme ! Il prend en compte l’intersubjectivité entre les acteurs internationaux et sa meilleure illustration tient dans le raisonnement qu’il donne à Trump sur le nucléaire iranien auquel l’américain est fermement opposé. Si l’on empêche les iraniens d’accéder à une technologie nucléaire, ces derniers se sentiront exclus de la société internationale et auront un comportement aussi déviant que la Corée du Nord. Une telle posture annonce le crépuscule d’un « réalisme omnipotent » dans les relations internationales. En cela, Macron est certainement l’opposé de Trump qui ne jure que par une puissance qu’il croit encore hégémonique. C’est d’ailleurs sur ce point que la presse étrangère complète cette analyse, en incarnant un futur leader de l’UE, Macron serait le parfait contrepoids face à Trump.

 

Comme Justin Trudeau, Emmanuel Macron bénéficie d’un fort capital sympathie en lui prêtant un dynamisme et une bienveillance dans toute la presse internationale. Mais comment caractériser sa politique internationale ? Bonne ou mauvaise ? Sur le court terme, il est impossible de répondre à cette question bien qu’on puisse assimiler sa pratique à un jeu de séduction ! Ce président a beau avoir brillé dans les milieux d’affaires il en reste jeune et doit faire ses preuves, il n’est donc pas étonnant de le voir adopter une stature à la fois fédératrice et inébranlable (comme face à Poutine ou dans la poignée de main avec Trump). Pour le moment, c’est l’autorité et la respectabilité de la France (ainsi que les siennes) qu’il doit conforter. L’Europe est également un enjeu important pour lui puisque seule la France représentera l’UE au Conseil de sécurité depuis le Brexit ! De plus, l’Allemagne semble en mauvaise posture avec sa difficulté à établir une coalition gouvernementale solide, ce qui pourrait inciter la France à gagner de l’importance dans le couple franco-allemand et donc au sein de la famille européenne.

 

En politique étrangère, « pour comprendre le « pourquoi », il faut analyser le « comment » » selon Snyder, Bruck et Sapin. Or sur le « comment », une figure conciliante et attractive ne suffira pas à convaincre tout le monde. Le Time l’a justement relevé : s’il a pu séduire par la forme, Macron devra également séduire par le fond en démontrant que sa vision politique est un succès dans son propre pays. Ainsi, la politique intérieure devient un élément de réussite de la politique extérieure et paradoxalement c’est sur l’international qu’il semble le plus populaire… pour les français !

 

Julien Vilar

 


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