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Projet de fusion : Interview Directrice Générale des Services UT1

Le Décodé : Bonjour Madame Chicoye ! Merci à vous de nous recevoir pour cette entrevue exclusive ! Avant d'aller plus loin, pouvez-vous vous présenter ?

 

Cécile Chicoye : Bonjour ! Je suis la Directrice Générale des Services (DGS) de l'UT1. Je suis nommée par le ministre, sur proposition de la présidence. Ma mission s'inscrit dans la gestion de  l'institution en assurant le management, mais également dans le cadre de la stratégie de la gouvernance élue avec le conseil d'administration et la présidence.

Cette institution regroupe entre 1100 et 1200 personnes dont la moitié est représentée par du personnel administratif et l'autre par les enseignants-chercheurs. Notre université, qui est de taille moyenne avec 20 000 étudiants, est un Etablissement Public à caractère Scientifique, Culturel et Professionnel (EPSCP), c'est un opérateur de l'Etat, soumis à des règles administratives. Notre autonomie ne signifie pas que nous sommes en roue libre comme une entreprise privée. Cependant, notre université a une caractéristique, elle est propriétaire de son patrimoine, contrairement à la plupart des autres universités, lesquelles sont dites, affectataires.

 

 

Le Décodé : Au sujet de la situation de l'Université, êtes-vous favorable au projet de fusion ou estimez-vous au contraire qu'il requiert quelques ajustements ?

 

Cécile Chicoye  : Avant tout, il faut redéfinir les termes de la question, car aujourd'hui il n'y a techniquement pas de projet de fusion avec l'UT1. Le seul qu'il existe est entre deux EPSCP, UT2 et UT3, et une quasi fusion qui rajoute l'INP et l'INSA. UT1 n'est pas concernée.

Historiquement, en 2010, le gouvernement a créé le programme d'investissement d'avenir. Dans ce cadre, il a lancé les initiatives d'excellence, l'IDEX, ce qui se faisait en Allemagne. L'IDEX consistait à choisir un certain nombre de sites qui bénéficieraient de crédits considérables pour leur permettre d'atteindre le niveau international. Le premier cahier des charges de l'IDEX n'évoquait pas un projet de fusion mais laissait entendre qu'il fallait une gouvernance plus intégrée. La France ayant une situation spécifique avec des universités quasi disciplinaires. Un premier dossier a été déposé et a eu du succès car il a été choisi par le commissariat général à l'investissement qui gérait le programme, suite à l'avis d'un jury international. Sur ce dossier, on mettait en avant l'excellence scientifique ainsi que la formation, et pour cela une gouvernance plus intégrée était attendue.

En 2012, les nouveaux présidents d'université allaient être élus, à UT3 notamment. La gouvernance et la vision ont changé : la première gouvernance ayant signé le projet fut désavouée par celle-ci. Ils ont remis en cause ce dossier mais il y avait des enjeux financiers importants. Un nouveau dossier a été monté avec un compromis entre UT1 et les autres universités et écoles d'ingénieurs. Le nouveau dossier écartait la gouvernance plus intégrée mais n'a pas été soumis au jury. Il prévoyait également une évaluation à mi-parcours en 2016 et la plupart des choses avait été faite sur la feuille de route. A mi-parcours, le cahier des charges initial a été un peu dévoyé, car il traitait surtout d'intégration, ce qui diffère de la fusion. Le jury a estimé que l'on ne respectait pas les termes du premier dossier car la gouvernance n'était pas mieux intégrée. Suite à cela, un dossier pouvait être déposé à nouveau à condition d'avoir une gouvernance plus intégrée ; encore une fois est-ce que l'on parle de « fusion » ? Selon des avis internationaux, il s'agit de la fusion. En tant que DGS, je laisse à la présidence le soin de vous en dire plus.

Dans l'ensemble, il y a un noyau dur regroupant UT2 et UT3 ainsi que l'INP et l'INSA mais avec des aménagements sans intégration budgétaire, en gardant la personnalité juridique. UT1 est dans un deuxième cercle car le choix a été de ne pas fusionner. Sans directive officielle du ministère, celui-ci exerce une pression en voulant transférer les doctorats ou les masters hors de l'UT1. C'est une situation assez compliquée car le cadre juridique n'est pas conçu pour une organisation intégrée tout en restant souple. S'il devait y avoir une fusion, il y aurait également des points à étudier sur les services.

 

 

Le Décodé : Justement, on ne risque pas d'avoir une disparition de certaines fonctions de l’administration par la simplification des services ou, a contrario, favoriser l'existence de doublons ?

 

Cécile Chicoye  : La fusion peut amener à deux possibilités : soit une simplification et donc une diminution du nombre de postes, or nous sommes fonctionnaires et les départs à la retraite ne peuvent être compensés selon le poste dans l'administration. Aujourd'hui avec la fusion des régions on observe aussi des doublons, entre Toulouse et Montpellier. Les économies budgétaires au niveau des ressources humaines dans une fusion entre acteurs publics ne se constatent pas tout de suite, de même avec le système de primes qui change d'une université à une autre. Il faut s'aligner sur le plus disant. Le système de primes de l'UT1 n'est pas le plus favorable. Pour les enseignants chercheurs la situation est différente, le taux d'encadrement est bas, nous n'avons pas assez de postes, il n'y aura pas de grands changements. Les agents, au contraire, sont plus inquiets sur l'intégration . Les universités qui ont fusionné ont tenté de résoudre ce problème en amont en rationalisant et c'est compliqué. Dans une université fusionnée, les agents ont tenté de recandidater mais certains ont trouvé des postes à l'extérieur.

 

 

Le Décodé : Quel serait l'impact de la fusion sur les services de proximité, notamment concernant la médecine universitaire ou bien le SUIO ?

 

Cécile Chicoye  : La médecine est un service interuniversitaire, rattaché à Paul Sabatier mais historiquement c'était, et ça restera, interuniversitaire. Cependant il y a aussi des logiques à fusionner certaines fonctions. UT2 s'occupe d'acheter le papier des copies d'examens, de même, la gestion des retraites se fait là-bas car ils avaient déjà un noyau dur en la matière. Donc on peut mutualiser beaucoup de services. En revanche sur les services aux étudiants, sur le SUIO, les agents ne sont pas les mêmes sur chaque site, on ne renseigne pas de la même manière un étudiant en droit ou en économie qu'un étudiant en physique nucléaire. Donc si on devait plus intégrer les services, il faudrait tout de même garder une proximité, sinon certains services seraient dégradés. Soit la fusion se réalise avec un service de coordination qui va créer des coûts supplémentaires, soit les services sont dégradés. En revanche, la COMU a joué un rôle important pour les étudiants étrangers avec le Welcome Desk. Il permet de regrouper tous les services de préfecture, de sécurité sociale ou étudiants en un même lieu. De même, la Tool box, permet d'avoir des services utiles pour les nouveaux arrivants : accueil à l'aéroport, logement, ouverture d'un compte en banque. Ceci est  impossible au niveau d'une seule université car nous sommes trop petit. Cela n'a pas nécessité une fusion, juste une structure plus intégrée. Il ne faut pas dégrader les services de proximité lorsqu'ils sont spécifiques. Rationaliser est censé être plus efficace mais tout dépend quel est l'objectif !

 

 

Le Décodé : Sur la question des formations, la fusion donnera-t-elle lieu à davantage de cursus transdisciplinaire, comme le Master 2 Ethique ?

 

Cécile Chicoye : La pertinence de la fusion sur les formations transversales se pose mais, à part le Master 2 éthique (avec UT2 et UT3) qui n'a pas nécessité de fusion, nous regroupons sur le campus peu de cursus transversaux avec les disciplines droit, économie et gestion. Bien que l'on retrouve les formations en éco-droit par exemple, c'est lourd et compliqué à mettre en œuvre. Pour les étudiants cela demande beaucoup de travail aussi. Être dans la même institution ne garantit pas une transdisciplinarité, à l'inverse le cas du M2 éthique est intéressant car ces trois institutions ont réussi à le faire. Psychologiquement, on n'y est plus poussé, après sans avoir le point de vue d'un enseignant, il faut aussi que cela soit possible pour les étudiants dans leur emploi du temps. Il y a d'autres idées comme aux Etats-Unis avec les majeurs et les mineurs. Or cela serait très compliqué à organiser. Par exemple si je veux prendre le droit en majeur et de la physique en mineur, l'offre doit être compatible avec mon emploi du temps car les cours de physique seront organisés surtout pour les étudiants l'ayant pris en majeur. En amont, il faut avoir cette capacité. Si, sur le plan intellectuel, l'idée est riche, il est difficile de la mettre en œuvre. On peut déjà le faire, mais cela dépend de la philosophie des enseignants sur la question car, en France, l'ouverture sur la transdisciplinarité n'est pas majoritaire. Je suis pourtant d'accord pour qu'une telle ouverture puisse aboutir, dans la mesure du possible. A ce titre, le modèle pédagogique américain est intéressant.

 

 

Le Décodé : Sur les questions budgétaires, est-ce que les crédits alloués à la recherche ne risquent-ils pas d'être davantage obtenus par des disciplines nécessitant plus de moyens comme les sciences physiques ou biologiques par rapport aux sciences humaines ?

 

Cécile Chicoye : Tout d'abord, il faut noter que les sciences physiques ou biologiques ont des besoins différents. Par exemple, certains microscopes peuvent coûter quatre millions d'euros. Les Sciences Humaines et Sociales (SHS) s'inquiètent mais les étudiants en médecine ont besoin d'équipements aussi, la question ne se pose pas en volume mais de manière relative. Là où une différence est notable, c'est sur le nombre d'enseignants. La gouvernance d'université désigne le nombre d'élus. Si dans les organes directeurs il y a une majorité de professeurs de physique ou d'économie, on peut faire cette hypothèse. Cela  provient du taux d'encadrement, il y a moins de professeurs en SHS qu'à UT3. Ils sont plus nombreux que nous. Même par rapport à Jean Jaurès nous avons moins de professeurs. Le poids du nombre d’enseignants se ferait ressentir dans la gouvernance d’une université fusionnée - ils seraient en majorité et UT1 en minorité. Mais cela a déjà lieu à Strasbourg ou à Marseille. La logique administrative fait que les budgets ne peuvent être absolument préservés, il est normal que ces inquiétudes existent, elles sont justifiées.

 

 

Le Décodé : Enfin, pensez-vous que les diplômes obtenus seront valorisés par la fusion ?

 

Cécile Chicoye : Si vous êtes juriste et que vous obtenez un diplôme en droit, de l'université Toulouse Capitole, il faut noter qu'il n'y a pas d'équivalent à Toulouse. Vous allez le comparer aux diplômes de Bordeaux, Strasbourg. Pour ma part, cela ne valorise pas le diplôme car on l'évalue sur la discipline, on ne va pas comparer un étudiant en droit à un étudiant en maths. De plus, il ne s'agit pas d'un diplôme d'université de Toulouse mais de droit d'université de Toulouse. A l'inverse, en recherche, le discours sur la fusion prend appui sur le classement de Shanghai en évaluant le nombre de brevets, de prix Nobel, une méthode plutôt quantitative. Avec le prix Nobel de la TSE, nous avons été avantagés. De cette manière, pour être visible, il faut avoir plus de brevets, donc il faut fusionner. Aujourd'hui Strasbourg est assez visible mais le facteur « fusion » peut être relativisé quant à son impact, c'était une bonne université avant la fusion également. Pour notre université en tant que SHS,  l'enjeu est quasi nul car il est surtout sur la formation, la réputation de la recherche, et nous avons aussi beaucoup de laboratoires très réputés et reconnus comme l’Institut de Recherche en Droit Européen, International et Comparé (IRDEIC), l'Institut du Droit de l'Espace, des Territoires, de la Culture et de la Communication (IDETCOM) et le Centre de Droit des Affaires (CDA). Les comparaisons se feront plus entre juristes d'une spécialité qu'avec des mathématiciens. Donc, vos diplômes sont-ils valorisés par la fusion ? Je ne peux vous répondre, certains vous diront que la fusion jouera sur l'international et que cela bénéficiera à l'ensemble des universités. Il n'y a pas de vérité révélée sur ce sujet. On verra dans dix ans si les universités fusionnées bénéficient d'une meilleure image de leur diplôme !

 


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