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L’élégance architecturale : Des hôtels particuliers à Toulouse

Toulouse est une ville chaleureuse par sa brique rose défensive et esthétiquement particulière, son art de vivre et son dynamisme permanent, une ville toujours en éveil par la fougue de sa jeunesse estudiantine perpétuellement renouvelée.

La beauté architecturale de la ville rose prend part à ce charme envoûtant mais se fait parfois discrète. Elle rayonne par de magnifiques édifices, les incontournables de la ville comme le Capitole et son théâtre, l’église Saint-Pierre des Cuisines ou la bibliothèque d’Étude et du Patrimoine. Découvrir cette ville ne se fait pas en un jour, elle se révèle à nous par exemple par des balades dans des ruelles au cœur des Carmes ; la curiosité nous pousse à aller au-delà des sentiers touristiques pour découvrir des quartiers peu connus recelant des merveilles.

Elle conserve également de véritables joyaux architecturaux : les hôtels particuliers. Ces derniers donnent parfois directement sur la rue ou une place comme l’hôtel de Lafage sur la place Saint-Georges, mais peuvent également être cachés, à l’abri des regards indiscrets, au fond d’une cour pavée dans une rue étroite. En quoi les hôtels particuliers signent-ils l’élégance de la ville de Toulouse ?

 

Le terme que l’on prête ici à l’hôtel particulier qu’est « l’élégance » date de la fin du XIVème siècle, vient du latin elegantia et signifie « qui sait choisir ».

Un hôtel particulier est une demeure plus cossue qu’une maison bourgeoise et moins imposante, autant sociétalement qu’architecturalement, qu’un château. L’architecte Avilar usait de son savoir pour définir l’hôtel particulier comme « une maison de distinction habitée par une personne de qualité ». 

Quelle « personne de qualité » était celle qui construisait cette architecture ? Pourquoi avoir eu la nécessité de les construire ? Quel en était le but ? Quelles furent les manières de vivre dans ces hôtels ? Comment leur occupation a évolué au fil des siècles jusqu’à aujourd’hui ? Quelles sont les caractéristiques de l’hôtel particulier ?

 

Cette thématique de l’hôtel particulier doit se vivre comme une balade, un voyage dans notre si belle ville dont nous pouvons tomber amoureux. Nous allons ainsi nous laisser transporter dans un voyage dans le temps au travers des siècles mais aussi un véritable voyage architectural dans les rues de Toulouse. L’ensemble des hôtels particuliers cités se situent dans le cœur historique de la ville. Nous aborderons l’histoire de ces hôtels particuliers à Toulouse et les influences dont les maîtres d’œuvres ont usé pour construire de tels objets architecturaux. Deux manières de concevoir cet édifice existent : sur rue ou sur cour. Cette distinction pose la question de l’intérêt de ce choix et les conséquences dans l’usage à l’époque de construction et de nos jours. 

Ensuite, nous évoquerons l’élégance architecturale des hôtels particuliers. Enfin, nous nous intéresserons aux usages de l’hôtel particulier qui ont évolué dans les us et coutumes influant l’architecture du lieu.

 

 

I.                    Histoire des hôtels particuliers à Toulouse

 

La tour. Au Moyen-Âge, la ville de Toulouse ne possédait pas encore de véritables hôtels particuliers. Toutefois, une architecture particulière s’imposa, elle se différenciait par sa matérialité que fut la brique et sa forme si atypique pour l’époque. De l’époque du Moyen-Âge au XVIème siècle, la tour fut l’élément précurseur pour les hôtels particuliers. La tour symbolisait architecturalement alors une forme de puissance d’une famille au pouvoir capitulaire. Cet objet architectural évolua à l’âge classique passant d’une tour scaligère à un pavillon où vint s’articuler l’escalier se terminant par un haut comble indépendant. Ces tours dépassent les toits. La rue Ozenne est une rue qui témoigne encore actuellement de cette architecture. Les constructions étaient au Moyen-Âge alors majoritairement en bois et torchis. Pour cette période historique, Toulouse s’enorgueillit de posséder des maisons fortes, une résidence épiscopale, des maisons de marchands comme l’hôtel du pastelier Durand à Montgeard. Il naquit alors une manière d’organiser l’espace. La circulation et la distribution des espaces se dessinèrent pour le confort de l’habitant.

 

L’âge d’or du Pastel. Les hôtels particuliers virent réellement le jour à partir de la Renaissance au XVIème siècle. Il s’agit d’une période florissante pour certaines familles nouvellement enrichies par leur commerce, notamment celui du Pastel. Ainsi des commerçants ayant fait fortune souhaitaient imposer cette prospérité par un bien matériel que fut la construction de propriétés magnifiques : les hôtels particuliers de la ville. Le milieu du grand négoce et de la justice, anoblis par le capitoulat ainsi que les offices royaux prirent part dans la formation de ces nouvelles élites. Ce « siècle du pastel » se réduit cependant à trois décennies, de 1530 à 1560. En effet, ces constructions furent l’œuvre d’une génération. 

Cette fortune héritée ou nouvellement acquise donna une position de « pouvoir » sur la ville et se manifesta alors par la construction d’un bien répondant à ce niveau social. À cette période naquit le soucis du regard et à cette fin une sensibilité particulière fut portée sur le travail de beaux motifs, que ce soit une belle porte cochère, une fenêtre ou une galerie.

L’usage de la brique se généralisa, ce qui changea l’appel et la contribution des corps de métiers. En effet, le nombre de charpentiers, moins sollicités pour des constructions à pans de bois, diminua au profit du nombre de maçons. Le métier de charpentier prit moins d’envergure dans la ville avec, en 1533, lors du cortège organisé pour l’entrée de François Ier, seulement dix « fustiers » (charpentiers) convoqués par la ville contre cinquante « massonniers ».

On ne peut évoquer cette période sans parler de Nicolas Bachelier. Il s’imposera comme le chef de fil d’un mouvement dont le langage architectural se fonde sur l’emploi des ordres. Initialement sculpteur, son intelligence et sa culture le démarquèrent très rapidement des autres sculpteurs et maçons à tel point qu’il fut vivement sollicité par des familles importantes de la ville. Ainsi, il devint architecte et son fils, Dominique Bachelier, suivit ses pas en devenant architecte.

 

L’éclectisme. À Toulouse, l’éclectisme prit sa place vers les années 1840 et se démarqua des villes voisines. Tandis qu’à Bordeaux la pierre fut taillée en respectant les us et coutumes du XVIIème siècle, afin d’allonger son Âge d’or sans limite par la copie, Toulouse mit au jour un ornement industriel de terre cuite qui lui conféra une physionomie singulière et fit référence à l’histoire médiévale. 

Les frères Virebent furent deux célèbres toulousains fondateurs de leur fabrique à Launaguet pour façonner des briques moulurées ou des ornements pour transformer une construction sans atout en un véritable palazzo avec tout ce que cela entend. Pour l’aspect visuel, un pâte rouge existait mais également blanche pour imiter la pierre. 

Pour Auguste Virebent la Renaissance française et plus particulièrement toulousaine fut une source d’inspiration dans son travail. En 1836, il construisit l’hôtel particulier le plus riche d’ornements pour sa belle-famille avec colonnes corinthiennes, pilastres, volutes et surtout douze cariatides monumentales venant encadrer les six portes-fenêtres du premier étage. Ces cariatides furent inspirées des cariatides du Louvre réalisées par Jean Goujon pour soutenir la tribune de la grande salle du Louvre d’Henri II. Ce motif de la cariatide fut repris sur de maintes façades dans la région. Quel que soit le motif, le trait sera discret, fin. Auguste Virebent retrouva là l’esprit du décor aimé par la Renaissance toulousaine. Pour cet hôtel particulier, les vides l’emportent sur les pleins.

Pour exprimer au mieux cet éclectisme, relisons les mots de l’archéologue Ferdinand de Guilhermy publiés en 1841 dans la Revue générale de l’architecture : « La rue des Marchands, siège d’un commerce important, se rebâtit en entier, s’aligne, s’élargit. Les maisons qui viennent d’y être édifiées sont aussi hautes que nos maisons de Paris, mais beaucoup plus ornées au moyen de l’application de moulages en terre cuite. Vous y retrouveriez au premier étage d’une maison les fameuses cariatides de Jean Goujon servant de support aux chambranles des fenêtres. Ailleurs les sculptures les plus vantées de Bachelier, l’élève de Michel Ange, et l’artiste chéri des toulousains, enrichissent de larges façades. Il règne une remarquable variété dans l’arrangement et le choix de ces décorations architecturales. La disposition des boutiques m’a semblé bien entendue. Elles sont placées sous des arcs de briques dont la portée très étendue permet de donner aux devantures des magasins toute la dimension désirable. À l’intérieur des maisons, les marbres et les brèches des Pyrénées y sont employés avec profusion ; cette parure donne aux appartements une apparence de luxe vraiment séduisante ».

Durant cette période fut construit par le Maréchal Adolphe Niel (qui fut d’ailleurs ministre de la Guerre de Napoléon III), le Palais Niel, édifice impressionnant qui parait « hors cadre » par rapport à la ville ancienne.

 

Le lien à la rue. Le rapport à la rue varie selon l’emplacement géographique dans la ville par le tissu urbain qui se dessine depuis des siècles. À Toulouse, le quartier des marchands se caractérise par un parcellaire serré organisé en lanière. S’y oppose le quartier aristocratique prenant place entre le palais du Parlement et la cathédrale. Le découpage parcellaire y est plus aéré néanmoins et il fut difficile de construire des projets entre cour et jardin. Il fut ainsi courant de construire des hôtels qui s’ouvrent sur une cour et encore plus souvent sur la rue. Ce déterminisme s’appliqua aux rues neuves tracées lors du XIXème siècle. La notion de « paraître » prend ici tout son sens. En effet, elle se manifeste dans la société par bien des aspects qui évoluent depuis des siècles. La possession de biens par « les personnes de qualité » pour reprendre les termes de l’architecte Avilar est perçue de deux manières : soit ils cherchent le retrait, le repli face à la rue, au voisin, au bruit, à la saleté, aux odeurs, à la dangerosité des émeutes de rues, au passage des voitures et des inconnus ; soit ils cherchent le regard des autres sur leur richesse mais non leur intimité, ce que l’on appelle un hôtel particulier sur le devant. À cette fin, une architecture adaptée fera face à la rue notamment par ses ouvertures. Les propriétaires avaient pour habitat en ville ces demeures mais habitaient également à la campagne dans des châteaux. Le rapport à la nature y était alors plus direct.

 

II.                 L’élégance en architecture 

 

Le terme « élégance ». Le mot « élégant » est généralement plus employé pour décrire une personne. En effet, on décrit une personne comme élégante grâce à de fins détails qui nous touchent, nous émeuvent : la posture, la tenue en société, la démarche, la gestuelle, le langage, le port du vêtement ; il s’agit d’une attitude. En réalité l’élégance est à la fois partout est nulle part. Nous pouvons la trouver dans l’art comme la danse, la peinture, dans le culinaire par le goût qu’un met peut nous apporter mais aussi dans l’architecture.

La société peut ne pas faire consensus autour de cette définition d’élégance par l’évolution de son goût, par l’effet de « mode ». Cette dernière change chaque année, l’élégance quant à elle ne fluctue pas à chaque saison. Notre éducation, notre apprentissage du goût, notre manière de voir et plus généralement de vivre influent notre manière de concevoir et d’appréhender le terme « élégance ». Néanmoins ce mot possède une définition commune qui régit et cadre ce que l’on attend d’un objet élégant. L’élégance qualifie une harmonie, une recherche de proportion.

 

L’élégant et le beau. L’élégant et le beau sont deux notions différentes. Il existe deux conceptions du beau : celle issue d’une réalité objective et celle issue d’une construction mentale, en fonction de nos goûts. Exprimer son ressenti face à une œuvre architecturale par « j’aime » ou « je n’aime pas » (conception subjective du beau) est creux, sans sens, sans grande portée et n’amène pas au débat sur la conception architecturale. Tandis que se questionner sur l’élégance d’une œuvre architecturale est moins « primitif », plus profond dans le questionnement architectural. 

L’élégance est une forme de beau avec une légèreté dans le geste. Un beau qui se qualifie par son harmonie, sa simplicité, sa grâce dans la simplicité. Dans le terme élégance nous retrouvons l’idée de discrétion, d’absence de toute arrogance laissant entièrement place à la beauté du geste, à la finesse des traits, du geste architectural qui est finement travaillé.

 

L’élégance dans le détail. L’architecture peut s’appréhender par la lecteur mais surtout elle se regarde, se visite. Le regard que l’on porte sur l’architecture s’affine, s’apprend. Marcher dans la rue, qu’elle soit une artère principale de la ville de Toulouse comme la rue du Taur ou une petite rue comme la rue Mage, peut prendre une tournure différente quand on ouvre notre regard et éveille notre curiosité à vouloir découvrir ce qu’il se cache derrière une lourde porte cochère. Une fois cette étape parfois franchie par une heureuse providence, l’architecture dans son état le plus noble se révèle à nous. La ville de Toulouse est construite en briques rouges, cet élément architectural ne démarque pas l’hôtel particulier de toute l’architecture de Toulouse néanmoins il apporte un charme au bâti.

 

L’élégance de l’hôtel particulier se remarque dans un premier temps en façade, par son aspect monumental et le dessin de ses traits. En effet, que la façade existe par un travail recherché d’ornementations ou se révèle à la ville par une simplicité dans les traits, l’hôtel particulier se distingue au premier regard de toute l’architecture par son implantation au sol, son rapport à la ville et son décor en façade qui lui donne toute son élégance. Par exemple, l’hôtel Dahus prend une épaisseur face à la ville avec un couronnement par de faux mâchicoulis et par un faux crénelage. Des gargouilles viennent également percer la façade.

L’hôtel d’Assézat (élevé sur les plans de Nicolas Bachelier) est l’une des plus belles réussites de la Renaissance française avec ce retour rigoureux à l’Antique et les trois ordres que sont le dorique, l’ionique et le corinthien qui se superposent. L’ordonnance de la cour de cet hôtel est sans pareil, laissant place à des « piliers et colonnes qui sortent de la muraille ».

L’élégance en façade dans cet hôtel fut travaillée par le goût du détail. Les fûts des colonnes sont cannelés et rudentés. Pour le dorique, une base attique formée d’un tore et d’une scotie fait référence à certains temples de Rome. Le chapiteau ionique est dessiné par un gorgerin orné d’un rang d’acanthes. Enfin, chaque chapiteau corinthien est rendu unique par un dessin des acanthes qui diffère d’un chapiteau à l’autre. De nos jours l’élégance, la beauté du geste architectural, ont céder le pas à la médiocrité, tantôt la simplicité du vide, tantôt la complexité du laid… Au fond, « Si une façade du XIXème siècle pouvait être décrite par cent mots, aujourd'hui la façade d'un immeuble contemporain ne peut pas être décrite par plus de trois-quatre mots. (…) Force est de constater que la modernité aujourd’hui, ce discours de rupture, nous a amené à un certain exil de la beauté » (Rudy Ricciotti, architecte).

 

Au-delà de la façade se trouve toute la recherche d’aménagement et de décoration intérieure. Les deux éléments majeurs sont l’escalier et la cheminée. Selon l’hôtel particulier il peut y avoir deux escaliers en fond de cour, afin de desservir les deux ailes de l’hôtel. Il peut être monumental et marquée par une cage d’escalier éclairée par une verrière en toiture. L’escalier peut également se située dans une tour dont nous avons évoqué l’existence depuis le Moyen-Âge. La tour d’escalier de l’hôtel Dahus fut reconstruite vers 1532 mais fut inachevée à cause du décès de Guillaume de Tournoer, troisième propriétaire de l’hôtel après Pierre Dahus et Vincent de Roquette. Elle sera achevée à la fin du XVIIème siècle.

 

Au début du XXème siècle, le percement de la rue Ozenne modifia l’hôtel Dahus avec la disparition de certains espaces autant extérieurs qu’intérieurs. Cependant à la suite d’une belle campagne de restauration, les fenêtres gothiques à croisées seront restituées après les repercements du XVIIIème siècle.

 

L’élégance se manifeste par une immensité de détails qu’il serait trop long d’énoncer un à un. Cette élégance se trouve dans la finesse, nous pouvons penser aux « Jeux floraux » dessinant un balcon, aux consoles en façade, au décor sur les fenêtres, à l’allège accueillant un bas-relief.

 

L’architecture par un travail raffiné prône l’élégance mais communique également parfois une forme d’orgueil. Cette ambition fut réussie pour l’Hôtel de Pierre. Des personnes de renoms travailleront à l’édification de ce chef d’œuvre. L’architecte Pierre Souffron sera en charge de l’aile sud et du corps de logis sur la rue. Les maîtres tailleurs de pierre intervenant sur ce projet seront Pierre Bouc, Pierre Monge et Arthur Legoust. 

 

III.              Les usages de l’hôtel particulier au fil des siècles

 

Le propriétaire. Victor Hugo parle de l’édifice architectural en ces termes : « Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde ».

Pour ce qui est de l’usage, nous pouvons dans un premier temps nous intéresser aux usagers. Qui sont les « personnes de qualité » habitants dans ces hôtels particuliers ? Quel est leur statut, leur place dans la société ? La noblesse habitait dans ces lieux, les personnes ayant du pouvoir, politique ou judiciaire. L’hôtel particulier, au-delà de répondre à la nécessité première de l’architecture qui est de donner un toit, est un miroir social dont se servent les nobles pour montrer leur appartenance sociale.  

Au XVIIIème siècle, à Toulouse, il se dégageait une « douceur de vivre raisonnable ». Une vie qui pour les nobles se partageait entre la campagne et la ville. La campagne où ils vivaient dans des châteaux autour de terres qui leur permettaient de vendre leur blé et leur maïs. La ville quant à elle permettait de fréquenter les bals, les théâtres toulousains et les salons. L’occasion de montrer l’intérieur de leur demeure pour paraître auprès des personnes du même rang.

Au siècle suivant, sous l’Empire et la Restauration, ces demeures étaient toujours destinées à l’aristocratie. César Daly, créateur de la Revue générale de l’architecture et éditeur du recueil L’architecture privée au XIXème siècle sous Napoléon III s’exprima en ces termes en 1864 : « L’hôtel aristocratique, signé des armoiries de la famille en personnifiait la supériorité d’origine et la vie d’apparat ; tandis que de nos jours l’hôtel est pour le financier, le commerçant et l’industriel plutôt un moyen de bien-être qu’une recherche d’orgueil. ».

 

Vivre dans un hôtel particulier. Il est parfaitement envisageable de vivre, travailler, habiter dans un hôtel particulier tel qu’il fut pensé à sa construction. La distribution choisie est celle de la distribution dite à la française. Les pièces sont en enfilades, accessibles par une succession de portes situées du côté des ouvertures. 

Au XVIIIème siècle, pour les hôtels les plus luxueux de Toulouse que sont l’hôtel de Nupces, Puivert ou d’Espie, un aménagement intérieur plus travaillé rend le lieu plus agréable à vivre avec les pièces de réception donnant côté jardin et à l’étage les appartements.

L’existence d’une vaste cour reste rare durant ce siècle. Rue Ninau, l’hôtel de Castagnier d’Auriac ou l’hôtel Castelpers qui est l’actuelle préfecture offrent une belle cour avec au-devant un portail relativement austère. La majorité des hôtels du XVIIIème siècle sont alignés le long des rues.

Au XIXème siècle, l’habitabilité de l’hôtel particulier devint essentielle. La question du confort, de l’hygiène, de l’aménagement des espaces de telle sorte à avoir une bonne articulation entre les pièces de réception, les appartements privés et le service est essentielle. Le confort moderne (eau, gaz, chauffage, ventilation…) prend autant d’importance que l’image véhiculée en façade donnant sur rue.

 

L’habité aujourd’hui. De nos jours, ces hôtels particuliers prennent une autre place dans leur rapport à la ville. Ils ne sont plus directement la « vitrine » d’une certaine classe sociale.

Les usages ont évolué en parallèle de l’évolution de la société. Tout d’abord construit par et pour les familles aristocratiques ou ayant un poids politique le bâti était destiné à loger la famille, c’est-à-dire le propriétaire et son épouse, leurs enfants ayant chacun leur appartement, les cousins, petits cousins, les protégés de la famille comme les religieux et l’ensemble des personnes qui font le service : les valets de chambres… 

De nos jours, ces hôtels particuliers sont généralement destinés à plusieurs usages et foyers familiaux. Le monde du travail avec des professions libérales ont pris place dans ces hôtels comme des cabinets d’avocats ou des médecins généralistes ou spécialisés par exemple. Certains hôtels se sont également divisés en plusieurs appartements privés ou sont devenus des lieux publics ou dédiés à des fondations comme la fondation Bemberg située à l’hôtel d’Assézat. Cette reconversion de l’hôtel particulier dans la manière de l’habiter permet de le conserver, de le garder dans le patrimoine français.

 

 

Pour conclure, concevoir l’élégance en architecture ne revient-il pas à personnifier l’objet architectural ? Si nous personnifions l’architecture pouvons-nous concevoir qu’une architecture nous touche au plus profond de notre être autant qu’une personne peut réussir à le faire donnant là toute sa préciosité et son unicité à l’œuvre ? Pouvons-nous tomber amoureux d’une architecture ou plus généralement d’une ville qui existe par son architecture ? Stendhal, lors de sa rencontre avec la ville de Florence en 1817, fut si émerveillé que son corps répondit à cet émoi par un moment d’égarement. Le syndrome de Stendhal n’est-il pas le sentiment le plus pur face à l’élégance architecturale ?

 

Juliette Penancier

 



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