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La montée des populismes à l'aune des élections européennes

     En 2050, on peut supposer que la croissance de la population de l’Union Européenne demeura supérieure à celle des États-Unis et qu’elle se situera, comme c’est déjà le cas à l’heure actuelle, au troisième rang des grandes puissances commerciales mondiales, derrière la Chine.

Face à ces chiffres, on est en droit de penser que l’Europe est une grande puissance et, surtout, que l’Europe compte. 

     Pour autant, au niveau politique, l’Europe reste peu structurée et semble peiner à transformer sa force économique en véritable influence diplomatique. À cela s’ajoute le fait que l’UE est aujourd’hui en proie à un phénomène majeur qui vient encore un peu plus aggraver son instabilité : celui du populisme.

 

     Rappelons l’enjeu des élections de mai 2019. Ces élections au Parlement européen existent depuis 1979 et ont lieu tous les cinq ans. À l’échelle européenne, elles sont d’une importance de taille, dans un contexte où le rôle du parlement européen, depuis le Traité de Maastricht jusqu’au Traité de Lisbonne, n’a cessé de grandir. En effet, le Parlement est devenu un co-décideur législatif à part égale avec le Conseil des ministres et peut dès lors exercer un droit de veto dans les décisions prises par l’Union.

     Le Parlement européen a aujourd’hui, une activité législative développée. Il a eu l’occasion d’améliorer divers textes, comme récemment, celui relatif au droit des consommateurs. À titre d’exemple, dans le domaine de la téléphonie mobile, lorsque vous utilisez votre téléphone portable alors que vous voyagez dans un autre pays de l'UE, vous ne devez plus payer de frais supplémentaires, appelés « frais d'itinérance » (merci le parlement !). Il a également eu l’occasion de prendre des décisions intéressant directement la France. Cela a été le cas lorsque le gouvernement a souhaité durcir les conditions des travailleurs détachés et a pu s’appuyer sur une opinion parlementaire majoritaire, en faveur de l’établissement d’un principe : « À travail égal, salaire égal », un texte a pu ainsi être adopté par le gouvernement français.

       Enfin, le site internet, baptisé « Ce que l’Europe fait pour moi », créé par le service de recherche du Parlement européen, présente des centaines de notes donnant des exemples concrets de l’impact qu’a l’UE sur les problématiques de la vie quotidienne.

   Au-delà de son activité législative, le Parlement européen à un pouvoir sur la désignation du Président de la Commission et sur l’ensemble des membres de son collège.

 

     Pourtant, parallèlement à l’importance croissante attribuée au Parlement, qui a le pouvoir de prendre des décisions susceptibles d’impacter de manière importante les États membres, on observe une forte montée des populismes. Cette montée s’observe un peu partout en Europe. Thomas Wieder avance que « Si l’on s’en tient à une définition contemporaine, on peut peut-être dire que le populisme “chimiquement pur ” serait une pensée politique qui repose à la fois sur la vision d’un peuple qui fait bloc face aux élites et sur une promotion du nationalisme. Si l’on s’en tient à une telle définition, le modèle populiste décrit donc à la fois un ordre social et politique – la démocratie directe plutôt que la démocratie représentative, la valorisation des “petits” contre les “gros”, avec toutes les ambivalences d’un tel schéma qui débouche inévitablement sur la désignation de boucs émissaires, et enfin un ordre géopolitique (le protectionnisme plutôt que le libre-échange, l’unilatéralisme plutôt que le multilatéralisme). »

     Ainsi, en Italie, la coalition qui s’est créée en 2018 peut être qualifiée de populiste. Cette coalition lie le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) de Luigi Di Maio et la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini. C'est un mouvement né d’une protestation italienne contre des élites locales corrompues, et d’une absence de réponse aux problématiques sociales et économiques, par les partis traditionnels. En Allemagne, on a pu observer le parti politique populiste eurosceptique « l’Alternative pour l'Allemagne » investir le Bundestag, pour la première fois en 2017. En Autriche, depuis 2017, le gouvernement est formé par une coalition entre la droite et l'extrême droite représentée par le FP0 (Parti de la liberté d'Autriche), parti d’extrême droite eurosceptique. Au Pays-Bas on retrouve le parti PVV (Parti pour la Liberté) qui peut également être qualifié de parti populiste et qui constitue aujourd’hui la deuxième force politique représentée au parlement. Enfin, l’un des exemples qui reste le plus marquant s’observe qu’au Royaume-Uni, où les populistes anti-euro, ont poussé David Cameron à provoquer le référendum sur le Brexit.

    Cette ascension de la vague populiste eurosceptique est intrinsèquement liée à l’affaiblissement des partis gouvernementaux pro européens. Cela est particulièrement visible en Italie et en Allemagne, où les partis socialistes se sont effondrés, et sont souvent désignés comme responsables de la crise.

 

     On peut ainsi se demander quelle est réellement la difficulté qui se pose avec cette montée des populismes ?

     La problématique qui se dégage alors, est que la vision de l’Europe des populistes, allant contre la construction européenne envisagée par les partis dits « traditionnels », risque de bloquer, à terme, le fonctionnement des institutions européennes telles que nous les connaissons aujourd’hui.

     En effet, ce qui fait à la fois la force et la fragilité de la construction européenne, c’est qu’elle fondée sur la recherche constante de consensus entre les groupes parlementaires socio-démocrates, libéraux et conservateurs, voire écologistes. Les diplomates chargés de la gestion des institutions recherchent des compromis pour l’Europe, qui dans sa construction actuelle n’avance que grâce aux concessions faites entre les partis. « Si personne n’est content d’un compromis, c’est qu’il est bon (…), s’amuse Anne Sander, députée du Parti populaire européen (PPE), le groupe de centre droit majoritaire au Parlement, On cherche des termes acceptables par tous. ». Pour adopter des directives, si les élus ne veulent pas trouver de terrains d’entente, il y a un fort risque de blocage des institutions.

     Ainsi, c’est en cela que réside toute la difficulté de l’ascension des populismes, puisqu’à contre-courant de cette « culture du compromis », les partis eurosceptiques de droite comme de gauche sont, eux, plutôt défavorable au fait de faire des concessions. Viktor Orban en Hongrie, leader du parti de centre-droit Fidesz, a par exemple déclaré dans un entretien au journal allemand Bild : « il est impossible pour le peuple d'avoir une opinion sur une question fondamentale et que le gouvernement ne s'y conforme pas » ; il présente les mesures qu'il met en place dans son pays comme provenant directement du peuple. Depuis 2010, Viktor Orban a mis en place diverses mesures traduisant sa volonté de ne faire aucune concession, donc allant à l'inverse de tout compromis : contrôle des médias par ses proches, modification des lois électorales en faveur de son parti, affaiblissement de la Cour constitutionnelle, offensives contre les migrants et contre les ONG qui les défendent, restriction d'enseigner des universités étrangères. En ce sens, ces partis sont susceptibles de remettre en cause le fonctionnement traditionnel du Parlement européen. Cette « rigidité » a pu s’illustrer récemment en Italie. Rome, n’est pas ouverte au compromis, notamment sur la question épineuse du budget, est demeure en conflit ouvert avec Bruxelles. Mateo Salvini a également eu l’occasion d’affirmer sa défiance à l’égard de l’UE, désignant celle-ci comme bouc émissaire à la suite de l’effondrement du Viaduc à Gènes. L’homme à la tête du parti « Ligue du Nord » dénonce la politique européenne de réduction des déficits et de la dette publique qui aurait, selon ses propos, entravé le bon entretien des ponts en Italie.

     Ainsi, le scrutin européen est une tribune de choix pour les eurosceptiques et anti-mondialistes qui sont assez défavorables aux politiques communes de l’Union européenne en tant qu’elles sont regardées comme réduisant l'autonomie des États ou les intérêts des travailleurs. Ils dénoncent la mise à l’écart du peuple dans la construction européenne, revendiquent et prétendent incarner la « majorité silencieuse », en présentant une vision alternative des relations internationales et en se rattachant à une vision nationaliste tendant à écarter tout contrôle supra-national, multilatéral ou international. 

Les compromis sont donc souvent mis de côté par la vision des populistes, qui se focalisent sur les émotions et les frustrations, en s’appropriant des sujets d’actualité. Cela a été visible au sujet de la question migratoire, qui provoque encore aujourd’hui de nombreuses réactions, parfois assez marquantes, des partis populistes. On voit également en Pologne le parti « Droit et Justice » qui s’estime le seul représentant authentique de cette identité nationale et joue donc sur le sentiment de fierté nationale pour obtenir des adhésions.

   La politique des partis populistes se trouve aujourd'hui en décalage avec le fonctionnement de l’Europe actuelle. L’UE au sein de laquelle les États ne cessent de produire des compromis pour répondre aux urgences du moment, se trouve bloquée par l’avènement de leaders populistes à la tête de gouvernements d’États membres qui compliquent la coopération européenne dès lors que la confrontation plutôt que le compromis serait privilégiée dans leurs politiques.

     Les tensions émanant de ce décalage s’illustrent également en Hongrie, où le Parlement européen a eu l’occasion de demander aux États membres de confirmer l'existence d'un « risque clair de violation grave » par la Hongrie des valeurs de l'Union européenne. Soit le respect de la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'État de droit ainsi que le respect des droits de l'homme (article 2 du TUE) ; il est reproché à la Hongrie d'avoir développé un système constitutionnel qui affaiblit les contre-pouvoirs et remettant en cause l'inamovibilité des juges. L'UE reproche également les atteintes à la liberté d'expression : les dix-huit titres que comptait la pression régionale sont tombés en l'espace d'une année dans les mains de proche de Victor Orban. Diverses autres mesures touchants aux segments de la vie publiques ont été touchés par une même stratégie de contrôle, d'ingérence et de réduction des libertés et sont dénoncées par le Parlement européen.

     Quoi qu’il en soit, le fait qu’un nombre non négligeable de sièges puissent être attribués aux populistes rend très probable l’existence de blocages et de freins dans le développement et l’amélioration de la construction européenne ; que ce soit au sein même de l’hémicycle du Parlement européen ou au-delà.

 

     En 2019, les perspectives relatives au résultat des scrutins sont encore floues, mais on peut penser que dans un tel contexte, les populistes puissent dépasser les gains constatés en 2014.

     Cela peut être d’autant plus encouragé par le phénomène d’abstention, caractéristique des élections européennes.

     Toutefois, on peut émettre des hypothèses, en se disant que les réactions et questions que soulèvent la question du populisme autour des élections, auront surement une influence en incitant les populistes mais également les non populistes, à aller voter. Selon un eurobaromètre commandité par le Parlement européen en mai 2018 « pour la première fois », 48% des Européens considèrent que leur voix compte au sein de l’UE.

   La montée des suffrages populistes, fait émerger un véritable débat politique transeuropéen, de chaque cotés : populistes et non populistes.

L’amorce d’un débat entre les populistes et les partis classiques, peut inciter au développement d’un espace public européen qui manque encore cruellement à l’Europe.

 

 

 

Eva LASLA--BORTOLUSSI

                                                         


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