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« WOMEN LIKE ME AREN’T SUPPOSE TO RUN FOR OFFICE »

L

e 26 juin dernier, Alexandra Occasio-Cortez, militante d’extrême gauche latino-américaine d’à peine 28 ans, a remporté les élections du Congrès pour le 14ème district de New York. Face à elle, Joseph Crowley, 56 ans et un palmarès politique des plus impressionnants. Cette victoire de quinze points détonne dans le paysage politique américain. Ce n’est pas tant la couleur du parti victorieux qui surprend, mais davantage la victoire d’une jeune femme face à un parlementaire masculin expérimenté. 

En 2016, seulement dix-sept femmes occupaient la fonction de chef d’État ou de gouvernement dans le monde. En ce qui concerne les sièges, elles en ont remporté 22,3% lors des élections de la même année, selon un rapport de l’agence onusienne pour l’égalité hommes-femmes datant de 2017. Ces résultats de 2016 sont en légère baisse par rapport à 2015, ce qui amène Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice de l’agence « UN women », à les qualifier de « troublants ». Lors d’une conférence de presse organisée à New-York le 10 mars 2017, elle va même jusqu’à dire qu’ils constituent un « signal d’alarme ». En effet, le degré de représentation des femmes sur la scène politique est extrêmement chétif.

Néanmoins si l’on jette un coup d’œil en arrière, ces chiffres, bien qu’en faible diminution, peuvent paraître de prime abord vecteur d’optimisme. Certes, l’accès des femmes aux hautes fonctions en politique demeure rare, mais il est à souligner que le nombre de cheffes d’État a doublé depuis l’année 2000. Le Forum économique mondial (FEM) publiait dans son Gender Gap Index qu’en 2016, soixante-huit États ont été dirigés par au moins une femme dans les cinquante dernières années. Cela semble donc une belle avancée pour la cause féminine en politique. Pourtant, si on remet ces chiffres dans leur contexte, la déception est immense car on constate rapidement qu’ils sont bien loin de refléter la réalité. Si effectivement soixante-huit États ont été gouvernés par au moins une femme dans les cinquante dernières années, ces mandats féminins ont été pour l’écrasante majorité d’une brièveté stupéfiante. Toujours dans ce même rapport du FEM, on remarque que rares sont celles qui ont dépassé les cinq ans au pouvoir. Ivy Matsepe-Casaburri détient même le record en la matière avec un mandat intérimaire d’une durée de quatorze heures, entre les 24 et 25 septembre 2008, à la suite de la démission du président sud-africain Thabo Mbeki.

 

Une femme fait pourtant figure d’exception en se démarquant tant par sa fonction que par sa longévité sur le devant de la scène politique : Angela Merkel. Le magazine Forbes la désigne, à plusieurs reprises, comme étant la femme la plus puissante du monde. À la tête du parti Union chrétienne-démocrate d’Allemagne depuis presque dix-huit ans, elle a également été élue députée au Bundestag puis deux fois ministre fédérale des Femmes et de la Jeunesse ainsi que de l’Environnement sous Helmut Kohl, entre 1991 et 1998. C’est en novembre 2005 qu’Angela Merkel accède à son premier mandat de chancelière. Cela fait donc presque treize ans qu’elle est la première femme à détenir la place de Bundeskanzlerin. Cet exemple allemand se démarque de la France, qui n’a jamais eu une femme à sa tête mais qui prône cependant l’égalité homme-femme en politique.

En effet, depuis la révision constitutionnelle du 8 juillet 1999 insérant dans le texte suprême la notion « d’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives », mais surtout depuis la loi du 6 juin 2000 initiée par Lionel Jospin, le mot d’ordre est « parité ». Les textes législatifs se succèdent pour pallier cette inégalité hommes-femmes en politique, mais qu’en est-il réellement ? Aux échelons les plus bas, c’est-à-dire départementaux et régionaux, les assemblées et bureaux sont composés à parts égales d’hommes et de femmes. Mais, cette égalité est à relativiser : ce sont les hommes qui, pour l’immense majorité, occupent les postes de président et de vice-président de ces instances. Si on remonte encore d’un échelon pour se concentrer sur le Parlement, cet objectif d’égalité, bien que fixé dans les textes, est bien loin d’être accompli. Lors des élections du 18 juin 2017, l’Assemblée nationale comptait 38,7% de députées, alors qu’elle n’en comptait que 26,9% en 2012. Pour ce qui est du Sénat, en 2017 on ne comptait que 29% de sénatrices contre 24% trois ans auparavant. À titre comparatif, le parlement du Soudan compte 24,6% de femmes, alors même que la condition féminine diffère largement entre les deux pays. Dès lors est-ce que cette inégalité peut s’expliquer par la perception qu’ont les français de la politique ? La considèrent-ils comme étant un « métier d’homme » ? La réponse est négative puisque selon une étude Harris interactive réalisée en 2015, il s’est avéré qu’au moins deux français sur trois estiment que le fait qu’un responsable politique soit un homme ou une femme n’a aucune incidence quant à sa capacité à mener des actions politiques de qualité.

 

Au-delà de l’égalité en nombre, un phénomène mondial d’attribution que l’on peut qualifier de « genré » des fonctions est à observer au sein des gouvernements. L’égalité numéraire est parfaitement respectée depuis plusieurs gouvernements en France. Mais, une inégalité est à déplorer quant à l’attribution des postes. Il est à observer que les fonctions de ministre les plus prestigieuses tels que les portefeuilles de l’Intérieur, de la Défense, de l’Économie ou encore des Affaires étrangères, sont essentiellement masculins tandis que ceux de l’Environnement, de l’Energie, des Ressources naturelles ou encore des Affaires sociales sont destinés aux femmes ministres. Mais cette attribution « genrée » semble un peu pâlir, notamment avec le gouvernement actuel. Bien que l’Intérieur, l’Économie, l’Europe et les Affaires étrangères soient dévolus à des hommes, les Armées et la Justice sont attribuées à des femmes. Mais une fois n’étant pas coutume, ce gouvernement fait office d’exception et il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions.

Pour le secrétaire général de l’Union Interparlementaire Martin Chugong : « le pouvoir reste [encore] fermement entre les mains des hommes ». Force est de constater que l’égalité homme-femme en politique est encore loin d’être obtenue. Mais depuis le 26 juin dernier et la victoire d’Alexandra Occasio-Cortez sur Joseph Crowley, tout laisse à penser que nous sommes peut-être enfin sur la bonne voie.

 

Lucie Moha

 


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