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La Hongrie et l'UE dans l'octogone !

En Hongrie, il paraît que le temps passe si vite que le délai de paiement des heures supplémentaires est allongé. Ce qui fait l'objet de moultes contestations. Plus largement, c'est la politique du gouvernement nationaliste qui est contestée, en particulier par l'Union européenne (UE).

 « Travailler plus pour gagner plus »... et pour être payé dans longtemps. C'est l'idée adoptée par le Parlement hongrois à une large majorité (130 voix pour et 52 contre) le 12 décembre dernier. Cette loi est entrée en vigueur dès le 1er janvier 2019.

 

 « Un droit à l'esclavage »

 

 Le 5 janvier 2019, des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Budapest, de la place des Héros jusqu'au siège du Parlement. Manifestation qui s'inscrit dans une série de contestations depuis le mois de décembre : quatre ont déjà eu lieu en une semaine après l'adoption de la réforme.

 

 Au cours de celles-ci des drapeaux hongrois ainsi que ceux de l'Union européenne étaient agités. Des banderoles étaient également brandies, sur lesquelles on pouvait notamment lire « Ne volez pas » ou encore « Balayons ce régime ».

 

 Les organisateurs, eux, correspondaient à des partis d'opposition, des syndicats, des groupes d'étudiants ainsi que de simples citoyens. Ils qualifient cette loi d'« esclavagiste ». Elle offre en effet la possibilité à des employeurs de demander à leurs employés jusqu'à quatre-cents heures de travail supplémentaires par an (contre deux-cent-cinquante auparavant). Soit deux mois de travail. Quant au paiement de ces heures, celui-ci ne passe qu'au second plan car son délai est allongé à trois ans. Sous l'empire de la loi ancienne, il s'élevait à un an.

 

 Signe d'une fracture entamée entre un peuple bafoué dans ses droits et un gouvernement austère, une étudiante en sociologie (26 ans) a déclaré en décembre : « Ils ont fait voter deux lois cette semaine qui (…) ne serviront pas les intérêts du peuple hongrois ». Ce n'est pas tout. Miklós Hajnal, porte-parole de la manifestation, ajoute : « Aujourd'hui au parlement ils ont vraiment planté le dernier clou dans le cercueil de la démocratie. C'est la dernière étape pour la création d'un État monopartite ».

 

 Également, Eva, mère au foyer âgée de cinquante ans, croisée dans la foule de manifestants en janvier, exprime son désaccord avec la politique du gouvernement depuis sa prise de pouvoir (en 2010), fustigeant « cette corruption et cette pseudo-démocratie ». Puis poursuit : « Il y a déjà eu de grosses manifestations, qui se sont arrêtées, mais la colère semble plus importante maintenant parce que cette loi esclavagiste affecte plus de monde ».

 

 Pour rappel, l'élection présidentielle de 2010[i] a eu lieu deux mois après les élections législatives, alors largement remportées par la coalition de droite menée par le chef du Fidesz, Viktor Orbán, devenu premier ministre[ii] depuis cette même année.

 

 En parallèle à ces manifestations, des grèves ont eu lieu sur les sites de Porsche et Audi. Ce qui pénalise par ricochet la production allemande. À Gyor, par exemple, des ouvriers d'une usine Audi revendiquaient principalement une hausse des salaires. Ils ont eu gain de cause : une valorisation de 18% a été obtenue. À noter que la Hongrie est très dépendante du secteur automobile : il représente environ un tiers de la production industrielle du pays et près de 20% des exportations.

 

  La remise en cause du gouvernement

 

 Côté gouvernemental, ces contestataires sont perçus comme des « criminels ». Viktor Orbán, chef du pouvoir exécutif, est la cible particulière des critiques des manifestants. Mais aussi de l'Union européenne.

 

 Il est particulièrement connu pour promouvoir l'illibéralisme, à savoir des idées politiques qui s'opposent au statut indépendant et libre de l'Homme. Le régime s'estimant être une démocratie illibérale, cette dernière s'entend comme une « démocratie sans libéralisme constitutionnel qui produit des régimes centralisés, l'érosion de la liberté, des compétitions ethniques, des conflits et la guerre » selon le journaliste Fareed Zakaria.

 Aussi, il défend les racines chrétiennes de l'Europe et s'oppose à l'immigration (il est partisan de l'État-nation lors de la crise migratoire en Europe, lui valant des accusations de populisme).

 

 Les contestations se concentrent également autour d'un point de la réforme : la création de tribunaux administratifs. Leur indépendance est en danger. Ils dépendent en effet directement de l'État, et ont pour compétence le traitement de questions sensibles comme la loi électorale, les manifestations et la corruption.

 

 À propos de cette dernière, son indice de perception, selon Transparency International à Budapest a reculé... de dix points en cinq ans. Désormais, le pays se situe à l'avant-dernière place en Europe. À l'ONG de préciser : les récentes affaires « montrent que ceux qui sont au pouvoir en Hongrie considèrent les fonds publics comme les leurs ».

  

 Du côté de l’UE, les députés ont demandé, courant janvier, au Conseil européen d'entamer une procédure de sanctions à l'encontre de la Hongrie. Ce qui pourrait priver le pays de ses droits de vote (au sein du Conseil européen) au motif d'un « risque de violation grave de ses valeurs ».

 Les critiques externes à l'égard du gouvernement hongrois s'appuient sur son non-respect des principes de l'Union tels que celui de la dignité humaine, de la liberté ou encore de l'État de droit. Et ce en raison du traitement des migrants, de la problématique de l'indépendance de la justice et de l'atteinte aux libertés. Par exemple, dès 2015, la Commission s'est inquiétée des modifications de la loi sur la presse et les médias, les « contenus médiatiques illégaux, la divulgation des sources journalistiques et les sanctions imposées aux entreprises médiatiques ».

 

   Lors de la crise migratoire, le chef du pouvoir exécutif hongrois a notamment déclaré que « les migrants sont le cheval de Troie du terrorisme ». À propos de ces derniers, le Comité des droits de l'Homme de l'ONU a constaté (le 5 avril 2018), « avec préoccupation », la loi adoptée en 2017 car elle autorise le renvoi automatique de tous les demandeurs d'asile vers les zones de transit pendant toute la durée de leur procédure.

 De plus, selon la nouvelle Haut-Commissaire des droits de l'Homme aux Nations unies, la Hongrie permet à ses autorités « d'arrêter, d'inculper pénalement et d'expulser immédiatement des zones frontalières » celles et ceux qui « résident légalement [et qui sont] soupçonn[és] d'aider » des réfugiés dans leur présentation d'une demande d'asile. Ce qui n'est pas sans alarmer l'UE. Car, oui, Viktor Orbán, proche de Poutine, est une inquiétude pour l'Union, qui le perçoit d'un mauvais œil.

 

 Cette relation choyée par le président russe lui permet en effet de voir en la Hongrie un partenaire idéal pour contrer l'Union européenne. Les conflits entre ces deux derniers vont dans ce sens. Souverainiste partisan d'une Europe des nations[iii] et non d'une Europe fédérale, son rapprochement avec Poutine s'exprime en particulier par sa réclamation de la levée des sanctions[iv] (par le Conseil européen) contre la Russie.

 

 « Aujourd'hui, de très nombreuses forces politiques en Europe se tournent vers la Russie, cherchant en elle une sorte d'alternative à cette idéologie mondialiste, non seulement la Hongrie, mais aussi une partie de la société française, en Allemagne, en Italie » affirme Andrey Sidorov (analyste de la Faculté de politique mondiale à l'Université de Moscou).

 

 Leur proximité s'explique aussi par des enjeux économiques : la Hongrie important plus de la moitié de son gaz de Russie, il est primordial pour Orbán que ce gaz ne soit pas trop cher puisque l'énergie à prix réduit est un des piliers de sa politique.

 

 En somme, l'Union vitupère le bafouement des valeurs et libertés qu'elle prône par la Hongrie, que ce soit à l'égard des migrants, de l'indépendance de la justice ou encore de la presse ; d'autant plus qu'elle demeure inquiète à propos des relations nouées entre Budapest et Moscou. Les inquiétudes nationales (du peuple) ont alors pris une dimension plus large.

 

 Dès lors, si l’on a pu être tenté de percevoir Orbán comme un « guignol », selon le terme employé par Bernard-Henri Lévy, au vu de l'absurdité de sa politique autoritaire, « allez ciao bonsoir » suffira pour achever ces mots. Ou plus sobrement, selon Junker : « Salut, dictateur ».



Fabien PERONNET

 

 



[i] Pál Scmitt a été élu président le 29 juin 2010 sous les couleurs du Fidesz par l'Assemblée nationale. Mais impliqué dans une affaire de plagiat (à propos de sa thèse de doctorat rédigée en 1992), il présentera sa démission le 2 avril 2012 lors d'un discours devant le Parlement. Son mandat est particulièrement marqué par la « La loi fondamentale » entrée en vigueur le 1er janvier 2012, perçue comme trop conservatrice aux yeux de l'UE et du Conseil de l'Europe.

[ii]Il a été réélu le 10 mai 2014 puis le 10 mai 2018.

[iii] Cette idéologie est incarnée par le parti politique Europe des nations et des libertés au sein du Parlement européen. Situé à droite voire à l'extrême droite de l'échiquier politique, il prône l'euroscepticisme ou encore le nationalisme.

[iv] Les sanctions sont liées à l'annexion illégale de la Crimée par la Russie. Elles ont été initiées dès 2014.


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