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LA SYRIE : DU RÊVE DÉMOCRATIQUE AU CAUCHEMAR

Depuis 2011, la Syrie fait face à un conflit armé sans précédent dans la Région. Contesté lors du Printemps arabe, le gouvernement de Bachar el-Assad a su se maintenir au pouvoir avec l’aide de la Russie. Seulement ce maintien ne fut pas sans conséquence.
Selon le bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ce sont plus de 370.000 syriens qui ont trouvé la mort et environ 13 millions qui ont dû quitter le pays. Tels sont les chiffres glaciaux de cette guerre civile tournant rapidement à un conflit international affectant une région déjà instable.

 

Un territoire morcelé

Depuis le début du conflit, le territoire Syrien a fait l’objet d’un partage entre divers acteurs ce qui a conduit à la caractérisation d’un triple conflit entre d’un côté l’Etat Islamique, l’armée du régime syrien et les forces Kurdes. Ces trois camps se sont partagé le territoire à la suite du soulèvement du peuple syrien. Occupant le Nord du territoire ainsi que la frontière, les Kurdes ont dû faire face à une double menace, celle d’une Turquie hostile et celle des terroristes de Daech dont ils ont repris les positions. Ces derniers ont occupé une large partie du territoire syrien, contrôlant une bonne partie du Nord du pays et ayant établi sa capitale à Raqqa. Avec les multiples défaites sur le terrain, le groupe Etat Islamique n’a cessé de reculer face aux forces Kurdes soutenues par la Communauté Internationale ainsi que face aux hommes de Bachar Al-Assad soutenus par les Russes. Depuis 2018, les forces du régime ont gagné du terrain occupant désormais la quasi-totalité du Sud du pays. Malgré la défaite de l’Etat Islamique en Syrie, le pays reste encore fracturé entre les divers protagonistes.

 

L’offensive anti-kurde baptisée « Printemps de la paix »

Aussi rapide pour twitter que pour menacer l’équilibre de certaines régions du Monde, Donald Trump a été à l’origine de l’offensive Turque. C’est sur un coup de tête que le Président américain a décidé de retirer les soldats présents en Syrie. Cela a permis à son homologue Turc Recep Tayyip Erdogan de lancer son offensive à la frontière syrienne contre les forces kurdes. Considérées depuis toujours comme des milices terroristes, ces dernières ont été la cible de bombardements par l’aviation turque ainsi que d’offensives terrestres, causant ainsi d’importantes pertes dans leurs rangs.

Décrié par la Communauté internationale, le Président Erdogan a justifié cette offensive par une volonté d’empêcher la création d’un « corridor terroriste » à la frontière turco-syrienne. Derrière cette justification de façade, la Turquie souhaite empêcher la création d’une région autonome kurde. Répartis sur tout le territoire du Proche-Orient et notamment en Turquie, les Kurdes aspirent depuis toujours à l’indépendance. La création d’un Etat Kurde impacterait la Turquie où cette communauté est fortement présente. C’est pour éviter le regain des velléités d’indépendance qu’Erdogan a pris cette décision.

 

Quel sort pour les djihadistes prisonniers ?

La récente intervention Turque a relancé la question du sort des djihadistes. Que faut-il faire de ces hommes partis combattre sur le territoire syrien et dont la plupart sont étrangers ? Si certains s’opposent à leur rapatriement notamment en France, les puissances étrangères semblaient avoir trouvé un compromis à savoir les juger sur place. Seulement la volonté de Recep Tayyip Erdogan de repousser de la frontière ceux qu’il considère comme « terroristes », a totalement bouleversé le devenir de ces combattants. Détenus dans des prisons kurdes, les « hommes du Califat » se retrouvent sans surveillance avec le départ au combat des soldats kurdes, ce qui a conduit environ un millier d’entre eux à s’enfuir.

Si aujourd’hui 12.000 djihadistes sont encore détenus en Syrie, la question se pose quant à leur avenir. Les Kurdes seront-ils contraints d’abandonner ces prisons ? Que deviendront ces camps de prisonniers ? Selon plusieurs spécialistes, les forces Kurdes n’auront plus les moyens matériels de garder les combattants de Daech. Dès lors, ces camps pourraient tomber en désuétude ou être repris par les forces turques ou syriennes. Dans le dernier cas, cela conduirait les pays européens et la France à dialoguer avec le gouvernement de Bachar El-Assad, avec lequel les contacts ont été rompus et dont le départ a toujours été la seule option possible.

La mort d’Abu Bakr Al-Baghdadi peut également avoir un impact sur le sort de ces hommes faits prisonniers. Entre désir de vengeance conduisant au regain du groupe Etat Islamique dont le dernier bastion est tombé il y a quelques mois, ou conflit interne comme ce fut le cas pour Al Qaïda avec la mort d’Oussama Ben Laden, nul doute que les prochaines semaines auront une importance pour la suite des « hommes du Califat ».

Toutes ces questions sans réponse inquiètent les puissances internationales notamment la France, confrontée à une large vague de départ vers les camps de Daech et dont le territoire fut tragiquement frappé causant 239 morts depuis 2015.

 

La création d’un Etat kurde : utopie ou réalité ?

La récente offensive Turque remet au gout du jour la question d’un Etat kurde. Prévue en 1920 lors du Traité de Sèvres, la création d’un Etat kurde n’aboutira pas malgré le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (art.1 de la Charte des NU en 1945). Le conflit Syrien n’a fait que bouleverser les régions Kurdes. Cette guerre leur a permis de prendre le contrôle d’un territoire et d’y instaurer une administration autonome gérant la politique militaire et économique.

Répartis sur une bonne partie du Proche-Orient, les Kurdes n’ont jamais réellement pu accéder à l’autonomie. En 1978, lorsque le Parti des travailleurs Kurdes (PKK) est fondé par Abdullah Öcalan, ce parti aspire à un objectif précis : créer un Kurdistan indépendant et socialiste. Depuis la chute de l’Empire Ottoman, le mouvement Kurde a su prospérer grâce à des alliances sans concrétiser sa volonté d’instaurer un Etat. Aux premières loges du conflit Syrien, les Kurdes, bien qu’hostiles au gouvernement d’Al-Assad, ont rarement combattu les forces du régime, concentrant leurs forces contre l’Etat Islamique.

Le retrait américain de la Syrie a conduit les forces spéciales françaises et britanniques à se replier. En laissant le champ libre aux turcs, les Etats Unis ont abandonné les Kurdes. Ce sont ces derniers qui ont lutté directement sur le terrain face aux terroristes du groupe Etat Islamique. Véritables alliés des Occidentaux dans la lutte anti-djihadiste, c’est leur action qui a permis la chute de Kobané en 2015 ainsi que la chute de Raqqa, capitale de l’EI en Syrie, en 2017. Depuis le début de l’offensive, de nombreux hommes politiques français réclament une action française et européenne pour protéger les forces kurdes face à l’armée d’Erdogan. Si l’idée semble bonne, la réalité est beaucoup plus cruelle en raison du chantage fait par le gouvernement Turc concernant les flux migratoires bloqués aux portes du pays, empêchant ainsi une arrivée massive de réfugiés et dont l’arrivée n’est plus souhaitée par beaucoup de peuples européens. Le destin fataliste des Kurdes semble donc se dessiner devant nos yeux.

 

Thibaut Lacroix


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